Israël : un vignoble qui retrouve sa splendeur d’antan

vigne_photo Micah MacAllenEn février dernier, une équipe de chercheurs de l’université d’Haïfa a découvert des grains de raisin sur le site de l’ancienne ville d’Halutza, datant de l’époque byzantine, soit près de 1500 ans. Cette découverte pourrait permettre à des scientifiques de recréer les vignes originelles présentes aux Proche-Orient à cette époque et qui servaient à produire le vin de Gaza et le vin du Néguev. Mais au-delà de son aspect archéologique, cette découverte met en lumière le renouveau du vignoble israélien qui avait connu un long déclin après la conquête Ottomane au VI siècle. Focus sur la renaissance des vins israéliens.

 

Un vignoble qui ne cesse de croître dans le marché viticole mondial

En 2014, les exportations de vins israéliens ont augmenté de 20% par rapport à l’année précédente pour atteindre la somme record de 40 millions de dollars. Car si on produit du vin depuis les temps bibliques dans cette région, l’arrivée des populations musulmanes avec la conquête ottomane avait freiné la production viticole et ce n’est que depuis une quinzaine d’années que la production s’est réellement relancée du fait d’une plus grande stabilité géopolitique et économique d’Israël. A cet égard, ce renouveau s’explique aussi par de gros investissements d’acteurs étrangers ou israéliens dans ces vignes, la tendance étant pour les riches millionnaires juifs d’investir dans un vignoble comme c’est le cas avec Pierre Besnainou qui a pris le contrôle avec d’autres actionnaires du prestigieux domaine de Carmel qui avait reçu le trophée Decanter World wine en 2010.

Ce secteur qui rapporte entre 300 et 350 millions de dollars chaque année est dominé par quelques grands vignobles comme celui de Carmel ou Castel, mais depuis les années 90 ont voit émerger des petites parcelles produisant moins de 100.000 bouteilles à l’année dirigées par des européens ou des américains qui ont décidé de s’installer en Israël et de suivre l’exemple de ces milliers de pionniers venu du Vieux Continent. Ainsi, aujourd’hui ils sont près de 350 producteurs à cultiver la vigne dans cette région conflictuelle.

 

La diversification de la production comme facteur clé de l’émergence du vignoble

Une hausse de 27% des exportations vers l’Asie avec en particulier une hausse de 60% vers le marché japonais souligne un changement de stratégie de la part des domaines israéliens par rapport à ce qui pouvait exister il y a encore une vingtaine d’années. Par conséquent, ce n’est pas l’atout casher du vignoble israélien qui explique cette émergence sur le marché asiatique. La principale raison est un gain en qualité de la part des vins israéliens par rapport à ce qu’il se faisait jusqu’aux années 80. En effet, à cette époque quelques kibboutz du Nord du pays ont décidé de créer des grands crus dans le vignoble du Golan, une des cinq régions viticoles d’Israël avec la Galilée, la Judée, le Samson et la plaine de Sharon. Un effort qui semble porté ses fruits car depuis 2008 le fameux critique de vin américain Robert Parker a commencé à inclure plus d’une vingtaine de vins israéliens lors de ses dégustations.

L’objectif numéro Un des vignobles israélien n’est plus de produire un vin casher destiné au shabbat, mais de produire un vin de qualité et casher qui puisse s’exporter dans le monde entier afin de concurrencer les vins du Nouveau Monde et ceux de la vieille Europe. Cette dernière est d’ailleurs très friande des vins d’Israël puisque chaque années 5 à 7 millions de bouteilles sont exportées vers la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, le signe d’une qualité qui permet de se faire un nom sur le marché très fermé des grands vins. La rentrée d’un vin israélien en novembre dernier dans le top 100 du très célèbre magazine Wine spectator ne fait que confirmer cette tendance. Mais le marché de ces vins israéliens ne se concentre pas uniquement sur les exportations puisqu’on note aussi une récente croissance de la consommation intérieure qui a augmenté de 50% en près de cinq ans et qui va de pair avec l’émergence de la gastronomie israélienne dans le monde.

Crédits photo: Micah MacAllen

Baptiste Guerin

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