Comment expliquer le retour du vinyle en France?

vinyle_nemoC’est en 1982 que les compagnies Philips et Sony vont révolutionner le secteur de l’industrie musicale, en mettant sur le marché les premiers Compact Discs, plus connus sous l’appellation CD. Cette invention va faire rentrer la musique dans l’ère du digital et du numérique de façon durable et les arrivées d’internet, du mp3 et des services de streaming ne vont que consacrer un peu plus la dématérialisation de la musique. Dans ce contexte, on pensait le vinyle à tout jamais enterré mais force est de constater que depuis la fin de la dernière décennie les ventes de vinyles sont reparties à la hausse aux États-Unis, au Royaume-Uni ainsi qu’en France. Simple mode instituée par le retour au vintage de certains milieux citadins ? Ou véritable retour en force d’un objet qui permet une approche moins consumériste de la musique ?

 

Le vinyle : un objet phare dans l’histoire de la démocratisation de la musique

C’est au début du XXème siècle que l’Occident voit apparaître l’ancêtre du vinyle : le 78 tours, il s’agit d’un disque mono sillon d’une trentaine de cm de diamètre qui permet d’enregistrer environ 4 minutes de musique par face. Le 78 tours fait donc les heures de gloires de la musique européenne et américaine durant le premier XXème siècle avant de connaître un tournant déterminant à l’issue de la seconde guerre mondiale. Les États-Unis voient en effet en 1947 l’apparition du disque vinyle, qui propulse ainsi le 78 tours dans les greniers et les caves des mélomanes.

L’arrivée du vinyle microsillon aux États-Unis fait la joie des jazzmen et des amoureux de musique classique puisque la principale caractéristique du vinyle est qu’il permet de stocker beaucoup plus de musique que le 78 tours, avec jusqu’à 20 minutes par face pour le 33 tours, le 45 tours ne servant qu’à la diffusion des singles. Une aubaine pour le jazz et la musique classique qui sont très peu friands des morceaux durant moins de cinq minutes. CBS (Colombia Broadcasting System) est la première firme à développer et commercialiser les vinyles 33 tours en 1948, lesquels deviennent alors les supports des albums et font référence jusqu’aux années 80 et l’arrivée du Compact Disc.

Les « Trente glorieuses »après la guerre sont donc considérées comme l’âge d’or du vinyle, comme le montre l’explosion de la production aux États-Unis qui passe de 250 millions en 1946 à plus de 600 millions en 1973, si bien qu’en 1975 le marché mondial représente près de 1,5 milliard de vinyles vendus. A cette époque, les anglo-saxons dominent la planète vinyle avec l’Anglais EMI, le Néerlandais Phillips et les Américains CBS, RCA et Warner Bros. L’essor économique des années 50 va voir émerger une myriade de petits labels comme Barclay en France où les labels de musique noire aux Etats-Unis (Motown, Atlantic, Stax) qui sont devenus depuis des références.

La réapparition du vinyle dans les milieux indépendants après le déclin enclenché dans les années 80

Après près de quarante ans de stabilité et de croissance, l’arrivé du CD, d’internet et des offres de streaming va bouleverser l’industrie du vinyle. Peu à peu les ventes de vinyles s’effondrent alors que ce support avait régné en maître depuis la fin de la guerre, laissant place à la dématérialisation de la musique. Seuls quelques labels indépendants, en particulier ceux présent dans le secteur de la musique électronique, continuent à miser sur le vinyle alors que la plupart des Français voient ce support comme un objet ringard appartenant au passé.

Comme le vinyle, le CD connaît aussi sa période de déclin avec les années 2000, où l’industrie musicale doit composer avec le téléchargement illégal et plus récemment les services de streaming comme Deezer ou Spotify. L’apparition de ces derniers semble être un coup de poignard pour le CD, mais chose étrange , les ventes de vinyles sont à la hausse depuis la fin des années 2000. Les CD et le streaming ont permis aux consommateurs de rentrer dans une ère de « consommation » de la musique où la quasi gratuité de celle-ci permettait aux individus de changer rapidement de musique et de consommer les morceaux d’un album comme on consomme les feuilletons d’une série télévisée. Le vinyle s’oppose à cette tendance de consumérisme en proposant une autre approche de la musique. En effet, contrairement au CD ou au streaming, le coût d’un vinyle en fait un objet qu’on sélectionne avec soin, qu’on prend le temps de bien écouter avant de choisir, mais surtout il oblige les individus à écouter d’une seul traite un album, ce qui permet d’avoir une vision plus générale d’un artiste alors que le streaming permet d’écouter tout une kyrielle de morceaux, sans prendre conscience de l’unité et du projet artistique d’un album.

Pendant des années s’est posée la question de continuer ou non la production de vinyle, mais aujourd’hui grâce à la hausse des ventes les disquaires et maison de production ne regrette pas le choix d’avoir continué à protéger le vinyle microsillon. A cet égard, en 2014 les ventes de vinyles ont augmenté de 54% quand les ventes d’album CD ont chuté de 11%. Cette recherche de la qualité, ce retour au vintage est plus qu’une mode, c’est un mouvement de résistance face à la transformation qu’avait connu la musique comme objet de consommation. Le vinyle résiste en étant l’étendard des mélomanes, mais n’est ce qu’une mode relancée par les mouvements adeptes de la musique indépendante ou est ce que le vinyle va réussir à s’imposer à nouveau malgré son coût élevé face aux services de streaming?

Crédits photo: Nemo

Baptiste Guerin

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