Côte d’Ivoire : la renaissance de l’anacarde

Après des années difficiles, l’industrie ivoirienne de la noix de cajou devient progressivement partie intégrante de la croissance du pays.

Avec 711 236 tonnes en 2017, la production de la  Côte d’Ivoire représente “la moitié de la production de l’Afrique de l’Ouest”, ce qui permet au pays de conserver sa position de “premier producteur mondial”, selon le gouvernement, de l’anacarde. La culture de ce fruit, dont la principale rente provient de la vente de son amande, communément appelée noix de cajou, représente une part essentielle de l’économie du pays. Lors du lancement de la campagne de commercialisation 2018, le 15 février dernier, le président du Conseil d’administration du Conseil du coton et de l’anacarde, Bamba Madou, a annoncé une augmentation du prix minimum d’achat, suscitant un élan d’espoir chez bon nombre de producteurs. Le kilo de noix de cajou séchée et triée passe ainsi de 440 à  500 francs CFA.

Noix de cajoux, des débouchés récentes en Côte d’Ivoire

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics tentent de dynamiser ce secteur victime des aléas du marché, et de la concurrence internationale. Connu pour sa croissance rapide et sa rusticité, l’anacardier n’était à l’origine cultivé que pour son bois. Dans les années 90, la commercialisation de la noix de cajou prend de l’ampleur, notamment grâce à une forte demande en provenance d’Inde et du Moyen-Orient. Une opportunité pour de nombreux producteurs de coton souffrant alors de la chute des cours mondiaux. Pendant près d’une décennie, la culture de l’anacardier s’est donc largement répandue, en particulier au Nord de la Côte d’Ivoire.

Si le secteur est florissant, la production reste archaïque et désorganisée. Dès le début des années 2000, les pouvoirs publics tentent de mettre en place des systèmes de régulation sur un marché particulièrement soumis aux fluctuations. Entre 2009 et 2011, le Projet Anacarde NTIC, crée « un réseau proactif de partage des connaissances du marché mondial de la noix de cajou pour valoriser la filière en Côte d’Ivoire », et permet à la filière d’effectuer un réel bond en avant pour la modernité des infrastructures et la hausse du niveau de vie des producteurs.

Le Conseil du coton et de l’anacarde, chargé d’appliquer les réformes de politique agricole et de redynamiser le secteur est créé en 2011, après la crise politique qui a fait plus de 3000 victimes. Devenu l’une des priorités des pouvoirs publics, le développement de la filière devient une réussite incontestable puisqu’en 2015, la Côte d’Ivoire devient le premier producteur mondial. Par ailleurs, grâce notamment à l’instauration d’un prix minimum garanti, les prix passent entre 2006 et 2018 de 140 à 500 francs CFA le kg. La filière est alors valorisée et les producteurs incités à produire davantage.

Des axes d’amélioration

Si le secteur de la noix de cajoux est rentable, le pays doit faire face à plusieurs difficultés. La fraude, principalement, de pays frontaliers causa la chute de 40% des exportations en 2016. Les prix ivoiriens étant plus bas que ceux des voisins et les taxes à l’exportation étant élevées, de nombreux producteurs choisissent d’aller illégalement vendre leur marchandise sur les marchés ghanéens, maliens ou burkinabés.

Autre difficulté qui est générale à l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire est certes productrice de la noix de cajou mais elle ne dispose pas d’une filière de transformation locale développée. Cela représente un manque à gagner important dans ce secteur de plus en plus concurrentiel. Seule 5% de la production est transformée sur le sol ivoirien. Les pouvoirs publics ont annoncé vouloir orienter les subventions vers la création de cette industrie, et souhaitent atteindre les 30% de la production transformée sur le sol ivoirien d’ici quelques années.

Parmi les autres priorités des différents acteurs du secteur : l’investissement dans la recherche biologique, pour améliorer le rendement des anacardiers, mais aussi industrielle, notamment pour perfectionner les techniques de séchage, étape essentielle du processus. Des programmes de formation sont également lancés à travers le pays afin d’améliorer la qualité des produits et de sensibiliser les producteurs aux questions de traçabilité, ou encore sur les bons traitements des sols.

De nombreux défis sont donc encore à relever mais la filière de l’anacarde constitue une réussite incontestable de l’économie ivoirienne, et participe activement à la croissance et à la modernisation du pays.

Laisser un commentaire