Auto-écoles : un conflit qui n’en finit plus

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Si elles se félicitent d’un « entretien positif » avec le Premier ministre, les écoles de conduite françaises restent vigilantes. Ainsi, ces dernières n’hésiteront pas à « se faire entendre » si les futurs échanges avec le gouvernement « s’avéraient infructueux ».

« Nous devons nous battre, ensemble, sans relâche et montrer que nous sommes tous unis contre ce système à deux vitesses qui va définitivement nous mettre à terre. Nous ne devons avoir aucun regret, nous ne devons pas compter sur les autres, nous devons être soudés, déterminés, montrer que nous ne laisserons pas passer une telle aberration » !

C’est par ces mots que les syndicats d’auto-écoles ont appelé les écoles de conduite françaises à faire entendre leur colère lors de la manifestation prévue le 18 avril à Paris. Pour Patrick Mirouse, président de l’Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (Unidec), « la situation des écoles de conduite est grave » : fermetures, licenciements… En cause : les nouvelles auto-écoles en ligne. D’après M. Mirouse, ces « plateformes travaillant avec des auto-entrepreneurs, exonérées de charges sociales et ne payant pas de TVA » représentent une « concurrence déloyale » pour les auto-écoles traditionnelles.

Voilà qui tombait mal pour le gouvernement, qui n’avait pas besoin de voir un nouveau foyer de contestation s’ouvrir dans la capitale. Alarmé, Édouard Philippe a décidé de recevoir l’intersyndicale CNPA – UNIDEC le 11 avril à Matignon. Une décision qui aura permis d’annuler la manifestation prévue le 18 avril dernier, l’intersyndicale ayant jugé l’entretien « positif » et « en parfaite cohérence » avec celui qu’elle avait eu fin mars à Bercy. « À ce jour, nous pouvons donc affirmer qu’il n’est pas fait mention des écoles de conduite dans les projets de loi en préparation et que la déréglementation de notre profession n’est pas à l’ordre du jour », lit-on dans le communiqué diffusé par l’intersyndicale peu après avoir quitté Matignon. Le gouvernement évitait ainsi l’embrasement.

Ni peur ni jalousie

 

Mais la colère des auto-écoles traditionnelles n’a pas disparu pas pour autant, et l’intersyndicale se dit prête à remobiliser ses troupes si les futurs échanges avec le gouvernement s’avéraient finalement « infructueux ». Les écoles de conduite restent ainsi vigilantes et mobilisées contre « l’ubérisation » de leur profession, une menace qui pèse sur elles depuis l’arrivée des nouvelles plateformes virtuelles en 2014.

Quelque 900 véhicules et 1 500 personnes avaient déjà participé à une première manifestation organisée en avril 2017 à Paris, Lyon, Nantes, Toulouse et Marseille. Les patrons des écoles traditionnelles dénonçaient alors la possibilité pour les futurs conducteurs de s’inscrire directement à l’examen du permis de conduire, en candidat libre — faisant ainsi le jeu des plateformes en ligne – sans passer par les auto-écoles agréées.

« On va mettre en péril la formation, et donc la sécurité sur la route, ainsi que l’emploi des 45 000 salariés d’un secteur qui représente un milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel, dont 20 % de cotisations qui vont à l’État, en plus de 400 millions de TVA », soulignait alors le secrétaire général de l’Unidec, Jean-Pierre Lemonnier.

Interrogé par L’Automobiliste, Philippe Colombani, président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), se défend de tout sentiment de jalousie face aux nouveaux acteurs. « Nous n’avons pas peur de la concurrence à partir du moment où nous travaillons tous avec les mêmes règles », explique-t-il. Or, selon lui, pendant que les auto-écoles traditionnelles payent de nombreuses charges sociales, les plateformes en ligne s’en dédouanent en travaillant principalement avec des auto-entrepreneurs.

Moniteurs salariés

 

Ornikar, l’une des principales écoles en ligne, incarne cette « ubérisation » dénoncée par les acteurs traditionnels. « Un moniteur qui travaille chez Ornikar dispose de son outil de travail — sa voiture — et travaille à sa convenance. C’est-à-dire qu’il choisit où il veut enseigner, quand il le veut, et il a la possibilité de refuser un élève », explique Benjamin Gaignault, CEO de la startup.

Pour Philippe Colombani, ce fonctionnement prouve que les professionnels qui collaborent avec ces plateformes « ne sont pas des moniteurs, mais des loueurs de voitures double commande ». Et d’ajouter, agacé : « On prend les gens pour des idiots ! ».

Les patrons d’auto-écoles traditionnelles insistent : leur objectif n’est pas la disparition des nouveaux acteurs numériques. Ils demandent seulement à ce que ces derniers respectent la réglementation en vigueur. Et c’est possible : pour Philippe Colombani, Auto-école.net « est l’auto-école en ligne qui est le plus dans les clous ». La raison ? Le concurrent d’Ornikar, qui aborde un modèle hybride, a recours à des moniteurs salariés. Dès lors, le président de l’UNIC estime que tous les acteurs en ligne devraient faire de même. Mais tant qu’elle continuera d’être une exception, la relation entre les auto-écoles en ligne et leurs homologues traditionnels restera sous haute tension.

 

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