Protection sociale : 2018, l’année des rapprochements ?

protection sociale

Les rapprochements sont au secteur de la protection sociale ce que les fusions-acquisitions sont au monde capitalistique. Les unions entre acteurs paritaires et mutualistes augmentent fortement depuis le début des années 2000. Ainsi, entre 2006 et 2016, le nombre de mutuelles a diminué de presque 60 %.

Au sein du métier de la retraite complémentaire, dont la gestion est réalisée sous le contrôle et la supervision des fédérations AGIRC-ARRCO, l’accord national interprofessionnel de 2013 ainsi que les plans successifs d’économies (plus de 600 millions de frais de gestion économisés en 10 ans) ont occasionné des vagues soutenues et répétées de fusions d’institutions de retraite complémentaire emportant alors avec elles les groupes qui leur étaient liés. Cette tendance est loin d’être terminée, et l’année 2018 s’annonce comme un grand cru en la matière. Tour d’horizon des rapprochements en cours et à venir.

Humanis et Malakoff-Médéric, rapprochement en vue

 

Il s’agit du rapprochement annoncé qui aura le plus d’envergure et d’impact dans la reconfiguration du marché de la protection sociale. Celui-ci devrait en effet donner naissance au premier acteur en retraite complémentaire, à condition que les fédérations AGIRC-ARRCO acceptent qu’un acteur dépasse le seuil de 30 % du volume global d’activités du secteur. Aujourd’hui, le premier acteur en retraite complémentaire demeure de loin le groupe AG2R La Mondiale avec près de 29 % d’activités gérées sur le territoire. S’il voit le jour, le nouvel ensemble protégerait alors plus de 6 millions de personnes et représenterait environ 3,5 milliards d’euros de cotisations pour ce qui est de la prévoyance.

Les tractations autour d’un éventuel rapprochement seraient menées à la diligence de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et de la CFDT. L’hypothèse d’une union aurait été établie dès novembre 2017, et ce alors qu’Humanis aurait dans le même temps découvert l’étendue de sa perte technique de l’exercice qui avoisinerait les 500 millions d’euros.

La Mutuelle Générale intensifie ses recherches

 

Après un rapprochement avec Malakoff Médéric durement avorté en 2016, La Mutuelle Générale cherche un nouveau partenaire. La mutuelle aurait ainsi entamé des négociations avec la Banque Postale, Axa et AG2R La Mondiale. Dès lors, La Mutuelle Générale, qui a toujours eu un appétit reconnu dans le maintien de ses postes de direction lors des discussions de rapprochement, fait face à l’enjeu d’occuper une place mutualiste dans des groupes à tendance paritaire, ou capitalistique. Aujourd’hui, seul AG2R La Mondiale peut s’enorgueillir de disposer d’un pôle mutualiste harmonieusement intégré d’un point de vue institutionnel et opérationnel au sein du groupe.

La Mutuelle Générale protège aujourd’hui plus d’un million de personnes, et perçoit plus d’un milliard de cotisations en santé prévoyance. L’entité est également connue pour la rotation de ses dirigeants : l’année passée, le groupe a débarqué son directeur général, la directrice du marketing et le directeur des systèmes d’informations. La fragilité de son équipe dirigeante nuit au pouvoir de négociation de la mutuelle.

Arpège Prévoyance, un dossier épineux

 

L’institution de prévoyance alsacienne, aujourd’hui dans le giron d’AG2R La Mondiale, a connu une sécession de son conseil d’administration. Le MEDEF, encouragé par l’UIMM, et FO au niveau local sont entrés en dissidence avec la ligne de leur mouvement national pour œuvrer à la sortie de l’institution du groupe AG2R La Mondiale. D’abord présentés comme des Alsaciens autonomistes craignant de voir leur autonomie sapée par l’intégration de l’entité alsacienne dans la société de groupe assurantiel de protection sociale (SGAPS) d’AG2R, il semblerait qu’il s’agit plutôt d’un jeu d’échecs maladroit de l’UIMM associé à Malakoff Médéric, sur fond d’élection au MEDEF en 2018. Aujourd’hui, le dossier est entré en phase judiciaire.

De son côté, le groupe AG2R défend le fait que les mandats des confédérations nationales, comme tout mandat en droit civil, lient les sections locales en tant que mandataires devant rendre compte de l’exercice de leur mandat. De l’autre côté, les « autonomistes » défendent la liberté d’autodétermination. Nul doute qu’une analyse juridique dépourvue de toute considération politique puisse empêcher l’institution de prévoyance alsacienne de retrouver une gouvernance alignée avec celle du groupe AG2R La Mondiale. Il faut tout de même préciser que les tractations entamées par les dissidents avec Malakoff-Médéric auraient pour conséquence d’occasionner le licenciement de nombreux salariés du site de Mulhouse, et ce alors qu’AG2R La Mondiale, aujourd’hui employeur, offre des garanties de maintien de l’emploi et des gages d’autonomie institutionnelle que Malakoff Médéric ne peut avancer.

AG2R La Mondiale et Matmut : vers un nouveau géant du secteur

 

En parallèle de cette affaire, AG2R est en passe de s’unir avec Matmut. Ce rapprochement aurait pour effet de donner naissance à un géant de l’économie sociale et solidaire. AG2R s’est construit depuis plus de dix sur la force entrepreneuriale de son dirigeant André Renaudin, fort de la confiance de ses politiques. Après la création d’une société de groupe d’assurance mutuelle (SGAM) en 2007, avec l’intégration de La Mondiale, AG2R innove encore en associant, sous l’étendard du but non lucratif, sa puissance en assurance de personnes et en épargne, avec une solide mutuelle d’assurance du IARD (incendie, accidents et risques divers). Le groupe sera alors en mesure proposer à ses adhérents un continuum de services uniques dans le paysage de la retraite complémentaire, retraite supplémentaire, habitation, auto, santé, prévoyance, épargne, Madelin…

Le défi d’André Renaudin sera de taille : quels gages de pérennité et d’avenir donner aux membres du pôle mutualiste existant et à La Mutuelle Générale, avec laquelle AG2R est en cours de rapprochement, alors que Matmut arrive dans le groupe ? L’année 2018 devrait apporter quelques réponses.

Le cas Kerialis

 

Kerialis est l’Institution de prévoyance du personnel juridique salarié des avocats. L’institution de prévoyance, au cœur de scandales et de soupçons liés à certaines audaces financières en termes de financement de frais de bouche ou de rétro commissions, aurait entamé des discussions avec, au minimum, deux groupes de protection sociale : Uniprévoyance et Audiens. Alors qu’Audiens proposerait un modèle partenarial de rapprochement offrant la conservation de l’intégrité institutionnelle et de la titularité des fonds propres des avocats, Uniprévoyance, derrière laquelle AXA est à la baguette, proposerait un modèle d’absorption pur et simple. Le collège patronal serait « convaincu » par l’offre AXA, quand le collège de salariés donnerait pour sa part ses faveurs au « ticket partenarial » d’Audiens, groupe de protection sociale du spectacle de la communication et de la culture. Audiens fait valoir le succès de l’Alliance Professionnelle lancée en avril 2018, à laquelle il participe en tant que membre fondateur, et qui a fait émerger dans le secteur un partenariat d’un nouveau genre gage d’efficacité opérationnelle, de mutualisation de ressources et de maintien des institutions paritaires.

Quel sort attend B2V ?

 

B2V, aussi membre de l’Alliance Professionnelle, est le groupe de protection sociale du secteur des services d’assurance. En novembre 2017, la Fédération française de l’Assurance dépouillait le groupe de protection sociale qu’elle avait elle-même créé afin de confier à un délégataire de gestion privée la gestion des contrats santé et prévoyance des salariés du secteur. Aujourd’hui, B2V se résume à son activité de retraite complémentaire qu’elle fait migrer dans l’Alliance Professionnelle. Dans le cas présent, l’entité opérationnelle du groupe, le GIE B2V gestion, pourrait rejoindre le groupe Audiens ou PRO BTP.

La Mutuelle Nationale des Hospitaliers et le secteur médical

 

La Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), poursuit pour sa part une stratégie de services au bénéfice de son secteur, celui de l’hospitalisation et de la santé. Le groupe déploie aujourd’hui une tactique de diversification par l’acquisition ou des prises de participation dans des start-up de la Health Tech. À l’étude, des partenariats avec MACSF, premier assureur professionnel des médecins, et un renforcement des synergies de l’union formée avec le groupe Pasteur Mutualité.

Cela ne fait plus aucun doute, dans le monde de la protection sociale, la tendance est plus que jamais aux rapprochements. La raison ? Les acteurs du secteur se doivent d’être particulièrement solides pour affronter l’avenir et répondre aux nouvelles exigences des autorités de régulation. L’année 2018 devrait ainsi voir émerger de véritables mastodontes de la protection sociale. Dès lors, une question demeure : est-il encore possible, pour un groupe de protection sociale, une mutuelle ou une institution de prévoyance, de survivre seul ?

Laisser un commentaire