Le grand retour des centres commerciaux

Europacity

On les disait condamnés. Relégués au statut de reliques par la montée irrésistible du e-commerce. Mais en Europe et en France, une nouvelle génération de centres commerciaux émerge et dans certains pays d’Afrique comme la Côte d’Ivoire, ils sont de plus en plus nombreux, poussés par la croissance économique et la stabilité économique.

« Plus d’un tiers des centres commerciaux américains vont fermer au cours des deux prochaines années », écrivait l’an dernier le média en ligne « L’ADN ». Une statistique impressionnante, censée illustrer le déclin et la fin imminente d’un modèle de consommation qui aura marqué toute la seconde partie du XXe siècle.

C’était pourtant aller un peu vite en besogne, si l’on en croit Gontran Thüring, délégué général du Conseil national des centres commerciaux (CNCC). Selon l’expert, le e-commerce « ne représente aujourd’hui que 9 % de l’ensemble du commerce de détail » et « de plus en plus de pure players ressentent le besoin d’ouvrir des points de vente physique ».

Un déclin des centres commerciaux d’autant plus hypothétique que des progrès considérables ont été effectués en matière environnementale. C’était en effet « le point faible » de ces établissements, régulièrement accusés de participer à l’artificialisation des sols. Pourtant, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, le commerce seul ne représente que 4 % du phénomène, loin derrière le logement (50 %). D’ailleurs, les projets de centres commerciaux « contribuent de plus en plus à la restructuration et à la dépollution de friches industrielles », souligne Gontran Thüring en évoquant notamment le centre Muse à Metz (qui a contribué à la dépollution d’une ancienne zone ferroviaire) et The Village près de Lyon, grâce auquel d’anciennes mines gravières ont fait l’objet d’une revégétalisation.

Annoncer la disparition des centres commerciaux c’est surtout ignorer les nombreux projets audacieux qui surgissent un peu partout dans le monde et qui combinent commerce, loisirs et protection de l’environnement.

 

En France, des projets innovants comme Europacity

Alors que le préfet du Val-d’Oise vient de déclarer d’utilité publique l’opération d’aménagement du Triangle de Gonesse, EuropaCity offre une excellente illustration de ces nouveaux espaces qui vont de plus en plus mêler commerce, divertissement et culture. Situé à 15 km de Paris, entre les aéroports du Bourget et de Roissy, le Triangle de Gonesse est une zone à fort potentiel économique inscrite comme zone à urbaniser en priorité. Son aménagement permettrait la « création d’importantes recettes fiscales sur un territoire pauvre et de nouveaux emplois dans une zone où le chômage est important ».

Au cœur du Triangle de Gonesse, le quartier de commerces et de loisirs EuropaCity abritera une grande halle d’expositions, deux salles de spectacles, un centre culturel dédié au septième art et un autre pour les enfants. S’ajouteront à ces espaces un parc d’attractions immersives dans des univers dédiés, un parc aquatique et même une ferme urbaine, destinée à fournir en fruits et légumes les restaurants avoisinants.

Le projet se veut en effet un « écosystème urbain exemplaire de la transition écologique ». À ce titre, il prévoit une utilisation des ressources en circuit court, mais aussi la réutilisation de terres issues des déblais en isolant écologique ou le recours aux matériaux biosourcés.

Porté par le groupe Auchan et le chinois Wanda, EuropaCity prévoit la création de 10 000 emplois directs auxquels il convient d’ajouter les 40 000 emplois générés par le quartier d’affaires qui devrait s’agréger autour de cet espace d’un genre nouveau. Par un effet boule de neige et profitant de la construction d’Europacity, plusieurs sièges sociaux de grandes entreprises devraient s’installer dans cette zone stratégique, à quelques minutes de Roissy et de Paris.

 

Le nombre de centres commerciaux explose en Afrique

La montée en puissance des pays émergents promet également un bel avenir aux centres commerciaux. Le nombre de centres commerciaux en Afrique a plus que doublé entre 2010 et 2018, de 225 à 579.  En Côte d’Ivoire, ils sont devenus emblématiques de la croissance économique et de la stabilité politique qui régit le pays depuis 2011, date de l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara. Ils traduisent l’optimisme économique d’une classe moyenne croissante tout en favorisant la mixité sociale. C’est notamment le cas de Cosmos Yopougon, le premier centre commercial aux standards internationaux à Yopougon, la plus grande municipalité d’Abidjan. Il s’agit d’un projet de 30 millions de dollars abritant un supermarché, un complexe Majestic Cinéma de 700 places et même un magasin « tout à 1 000 F CFA » (l’équivalent ivoirien des magasins « tout à 1 euro » ou « tout à 1 dollar »).

La mort annoncée des centres commerciaux n’est peut-être pas pour demain. En Europe, les professionnels du secteur se renouvellent, abandonnant peu à peu les modèles du « hangar — magasin » pour des structures plus ouvertes sur leur environnement, mêlant consommation, culture et loisirs. En Afrique, ils deviennent les symptômes des pays en plein décollage économique, comme la Côte d’Ivoire, pour une classe moyenne avide de consommation et de nouveaux produits. Décidément en économie comme en chimie, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

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