Levée des tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier : l’Europe attend, la Chine s’étend

Nouvel épisode dans la guerre commerciale mondiale menée par Donald Trump. Le président américain a annoncé vendredi 17 mai la levée des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium avec le Canada et le Mexique. L’Europe, victime collatérale de la stratégie anti-chinoise américaine, reste quant à elle sous le coup de ces restrictions. Alors que les exportations chinoises ne faiblissent pas, les visions respectives des Etats-Unis et de l’Europe quant à l’approche à adopter vis-à-vis de Pékin sont dos à dos.

L’Amérique d’abord

C’est avec un soulagement non dissimulé que le premier Ministre canadien Justin Trudeau a accueilli l’annonce de Donald Trump. Cette levée des tarifs douaniers, qui intervient un an après leur instauration, met fin à des mois de conflits et de surenchère protectionniste. Le Canada et le Mexique rejoignent ainsi le club très restreint des pays à avoir un accès libre au marché américain, avec l’Australie et l’Argentine. Cette décision présidentielle […] met fin à l’incertitude néfaste qui nuisait au développement de l’industrie canadienne et nord-américaine de l’aluminium. Il est temps de redoubler d’efforts afin d’assurer la croissance de la chaîne de valeur nord-américaine de l’aluminium. », a réagi Jean Simard, Président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada.

L’accord entre Ottawa et Washington prévoit également une série de mesures pour endiguer l’importation d’acier et d’aluminium « subventionnés de manière déloyale et vendus à des prix de dumping ». Dans le viseur des deux pays ? La Chine, premier producteur d’acier et d’aluminium au monde.

L’Europe victime de la surproduction chinoise

Mu par la volonté de réduire le déficit commercial américain, Donald Trump se livre depuis plus d’un an à une « guerre » en règle contre son rival. Une offensive qui s’est notamment traduite par l’application d’une taxe de 10% sur les importations d’aluminium et de 25% sur l’acier. Un premier temps exemptée, l’Union Européenne a finalement été soumise aux mêmes sanctions, se voyant contrainte de trouver de nouveaux débouchés à sa production.

Découragés par les barrières douanières américaines, les producteurs chinois ont fait de l’Europe leur cible privilégiée. Au cours du premier trimestre 2018, les importations chinoises de produits laminés plats vers l’UE ont augmenté de 37% par rapport à la même période l’année dernière. Les importations de produits extrudés ont quant à elles augmenté de 22%. Selon le produit, les parts des importations chinoises de produits extrudés varient de 31% à 75% de toutes les importations dans l’UE. Dans un rapport daté de janvier 2019, l’OCDE a souligné les ressorts de cette surcapacité croissante de la Chine. Le pays, qui abreuve son industrie de subventions, élimine de fait la concurrence par une politique de bas coûts pour se positionner en situation de quasi-monopole.

Une dynamique qui ne faiblit pas et qui suscite l’inquiétude en raison de ses conséquences sur l’emploi et sur l’environnement. La production de l’aluminium chinois se fait principalement à partir d’électricité issue de centrales thermiques au charbon ; contrairement à la production européenne ou russe qui mise sur le nucléaire (comme à Dunkerque) ou l’hydraulique.

La Chine tire son épingle du jeu

Alors que les mesures américaines avaient vocation à limiter l’expansion chinoise, elles ont paradoxalement profité à Pékin, tout en faisant le lit de l’affaiblissement de l’aluminium européen. Et l’Europe n’est pas la seule à payer les pots cassés. Les entreprises américaines ont dénoncé l’impact des tarifs douaniers pour les consommateurs. Les importateurs américains étant contraints de répercuter les tarifs douaniers sur les prix qu’ils facturent à leurs clients.

Selon l’OCDE, la guerre commerciale menée par Donald Trump serait même en train d’étouffer la croissance mondiale.  Alors que les prévisions font état d’un ralentissement de 0,1 point par rapport au mois de mars, la croissance mondiale en 2019 devrait atteindre son rythme le plus faible depuis 2015, à 3,2%.

L’alternative européenne

Jusqu’où ira l’entêtement américain ? Suite à l’annonce de Donald Trump, l’Association European Aluminium a exhorté Washington à lever les tarifs douaniers de 10% qui s’appliquent au métal européen en vertu des liens étroits qui lient les Etats-Unis et le vieux continent.

Son Directeur général, Gerd Götz, a par ailleurs tenu a recentré le débat sur ce qui constitue selon lui l’enjeu majeur, à savoir la surcapacité de l’aluminium à l’échelle mondiale, engendrée par des aides gouvernementales non équitables. La solution au problème de surcapacité chinois ne pourra être trouvée selon lui qu’à travers une concertation mondiale en présence des Etats-Unis et de la Chine.

A l’opposée de la stratégie américaine, les observateurs européens ont identifié plusieurs voies possibles pour dissuader toute pratique déloyale et établir des règles d’échange équitables. Cela pourrait passer par une réforme de l’OMC, qui viserait notamment à renforcer ses compétences en matière de lutte contre le dumping afin de défendre plus efficacement les intérêts de la filière européenne. Une issue qui suppose d’une part que les Etats-Unis renoncent à tenter de réguler le marché en prenant des sanctions à l’encontre des autres Etats et d’autre part, que la Chine cesse son double discours. Rien n’est moins sûr.

L’affaire Huawei en cours cristallise une nouvelle fois les divergences de vision entre les Etats-Unis et l’Europe quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de la Chine. Deux approches distinctes sont dos à dos : celle de l’endiguement défendue par Donald Trump, et celle de l’engagement, en lien avec une révision de l’OMC, portée par l’Europe.

 

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