Visé par de nombreux scandales, Arkéa maintient sa volonté d’indépendance

File:Crédit mutuel de Bretagne agence Plabennec.jpg - Wikimedia Commons

En dépit de la crise liée à la Covid-19 et de la succession de revers et d’affaires embarrassantes, la direction d’Arkéa maintient ses ambitions sécessionnistes. Retour sur les péripéties ayant émaillé un projet d’indépendance qui s’apparente à un parcours du combattant.

Une rentrée — presque — comme une autre chez Arkéa. Sans paraître affecté par le contexte sanitaire ni les nombreux revers et scandales accumulés au cours des années passées, le conseil d’administration de la banque bretonne a tenu à réaffirmer, le 9 octobre dernier, « sa volonté d’indépendance et poursuit ses travaux en vue d’une séparation ordonnée » de sa maison-mère, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM). Dans son communiqué, la direction du Crédit Mutuel Arkéa, estimant avoir « apporté la preuve, au cours des derniers mois, de sa solidité financière, de sa résilience et de la pertinence de son modèle », confirme que sa volonté d’indépendance « s’inscrit pleinement dans son prochain plan stratégique ».

 

Un projet semé d’embûches

Amorcé en 2015, le projet de désaffiliation semble pourtant au point mort, la nouvelle directrice générale du Crédit Mutuel Arkéa, Hélène Bernicot, évoquant désormais publiquement comme horizon l’année 2024, et la demande d’agrément déposée auprès de la Banque centrale européenne (BCE) étant suspendue, officiellement en raison de l’urgence sanitaire, jusqu’à nouvel ordre. La fin de non-recevoir du grand argentier européen parachève, en réalité, cinq ans de déboires auprès des institutions de supervision du secteur : avis défavorable du Trésor et de la Banque de France 2016 ; nouvelles mesures prudentielles imposées par la BCE en 2017 ; menace, en 2018, de dégradation de la note financière d’Arkéa par l’agence de notation Standard & Poor’s ; nouvel avis défavorable, la même année, de la part de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ; etc.

À ces échecs à répétition est venue s’ajouter, depuis quelques mois, une série de départs au sein du management d’Arkéa, qui témoignent de la fébrilité régnant au plus haut niveau de la banque. La plus emblématique de ces défections est sans doute celle de l’ancien directeur général du groupe, Ronan Le Moal, qui après vingt-cinq ans de maison a préféré claquer la porte, abandonnant un projet d’indépendance dont il était pourtant l’architecte et qu’il portait depuis à bout de bras. Le départ surprise de M. Le Moal a été suivi par ceux du responsable de la banque de détail, du chef des métiers spécialisés ou encore du DRH du groupe. Au total et en moins d’un an, cinq des huit membres du comité exécutif de la banque sont partis ou ont été poussés vers la sortie.

Une réputation entachée par les affaires

La longue marche d’Arkéa vers une très hypothétique indépendance a également souffert de scandales et péripéties à répétition, ayant lourdement dégradé son image. À commencer par l’organisation, en 2018, d’une « manifestation de banquiers » dans les rues de Paris, les journalistes dépêchés sur place récoltant les témoignages concordants de salariés faisant état de « pressions » de leur hiérarchie pour venir défiler dans la capitale, de « manipulation mentale » et d’un « management par la peur ». De l’aveu même de Ronan Le Moal, Arkéa aurait déboursé « plusieurs centaines de milliers d’euros » pour organiser ce que les syndicats de la banque qualifiaient alors de véritable « manifestation patronale ».

L’argent coule, en effet, souvent à flots chez Arkéa. Le journal d’investigation Mediapart révélait ainsi en début d’année que le président de la banque, Jean-Pierre Denis, et Ronan Le Moal, s’étaient partagé entre 2010 et 2018 près de 8,2 millions d’euros de rémunérations variables, ce qui plaçait le niveau de salaire (fixe et variable) des patrons de l’établissement breton au-dessus de celui de certains des plus grands patrons du CAC40. Illégales au regard de la loi de 1947 portant statut des coopératives, ces rémunérations ont, depuis, été contestées par la Confédération nationale du Crédit Mutuel, contraignant Jean-Pierre Denis, après avoir échoué à modifier la gouvernance d’Arkéa en société à directoire, à renoncer à sa part variable et à annoncer, à la fin de l’été, sa progressive mise en retrait des instances dirigeantes de la banque.

Enfin, comme un ultime pied de nez, le nom d’Arkéa est depuis cet automne et la dernière édition du Tour de France, associé à de sérieux soupçons de dopage. Plusieurs membres de l’équipe Arkéa-Samsic, dont un médecin, un kinésithérapeute et des cyclistes, ont été entendus en septembre dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Marseille. Une perquisition dans la chambre des coureurs a, en effet, permis de mettre la main sur du matériel et des substances pouvant améliorer les performances sportives des cyclistes. Une nouvelle affaire dont se serait sans doute bien passée la direction d’Arkéa, et qui contribue à ternir encore une image de marque. À tel point que plusieurs partenaires de la marque, au premier rang desquels Samsic, envisageraient de mettre fin à leur collaboration avec la banque bretonne. 

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