Covid-19 : comment se portent les banques françaises ?

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La publication des résultats financiers de nos banques était plus qu’attendue par bon nombre d’observateurs, chacun allant de ses pronostics et des enjeux en découlant. Tour d’horizon « sanitaire » des banques françaises, un an après le début d’une crise qui ne les aura pas épargnées.

C’est un véritable « marronnier », comme il est convenu de qualifier ces évènements qui, chaque année à la même période, font immanquablement la Une de la presse et des médias. Début février a ainsi commencé la « saison » de l’annonce des résultats annuels des banques françaises, des résultats qui étaient particulièrement attendus et scrutés après une année 2020 marquée par la crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de Covid 19 et les prémisses d’une crise économique qui s’annonce sans précédent dans l’histoire.

Si les établissements tricolores ont, globalement, réussi à limiter la casse au terme d’un exercice qui aura pourtant vu se succéder les fermetures d’agences dues aux confinements, les moratoires sur les crédits, l’augmentation des provisions en vue des éventuelles faillites et défaillances de remboursement et certains fiascos sur les marchés financiers, ce sont leurs prévisions pour l’année à venir, placée sous le sceau d’une forte incertitude économique, qui étaient attendues par les observateurs et investisseurs.

La grande inconnue liée aux faillites d’entreprises

 

La fin programmée des aides publiques aux entreprises dont l’activité est réduite ou arrêtée en raison de la pandémie ne laisse pas d’inquiéter. « Si on peut espérer que l’activité redémarre en 2021, il reste une inconnue, qui est combien d’entreprises vont faire faillite et quelle sera la note laissée aux banques », prédit ainsi Stéphane Ceaux-Dutheil, de la plateforme de trading Alvexo, selon qui « il faut donc s’attendre à ce (que les banques) aient, fin 2020, passé à nouveau des provisions pour défaut de paiement » — des réserves qui sont amputées du chiffre d’affaires des établissements et réduisent donc leurs bénéfices.

Le contexte de taux bas jouera également sur la marge d’intérêt — soit l’écart entre le taux accordé à leurs emprunteurs et celui auquel les banques se refinancent. Enfin, la question des dividendes, dont le versement avait été modéré par les appels de la BCE, reste en suspens. « Vu que l’horizon reste embrumé, les banques ne vont pas commencer à fanfaronner sur leur capacité à verser des dividendes », avance un analyste. « Ce ne serait pas très politiquement correct de verser du dividende », abonde Stéphane Ceaux-Dutheil.

BNP Paribas, l’exception qui confirme la règle

 

BNP Paribas, la première des banques hexagonales à révéler ses résultats 2020, est aussi la seule à tirer véritablement son épingle du jeu. Le résultat net part du groupe n’a ainsi reculé que de 13,5 %, à 7 067 milliards d’euros, contre un recul initialement escompté entre -15 % et -20 %. Le produit net bancaire (PNB) s’établit quant à lui à 44 275 milliards d’euros, en progression de 1,3 % à périmètre et change constants. Enfin, le ratio de fonds propres durs de la banque atteint 12,8 %, en hausse de 70 points. Une surperformance globale qui permet à BNP Paribas de verser à nouveau des dividendes à ses actionnaires, dividendes qui devraient s’élever à 1,11 euro par action — soit le maximum recommandé par la BCE.

Crédit Mutuel Alliance Fédérale fait preuve de la résilience de son modèle

 

L’autre bonne nouvelle provient du Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Si le groupe présidé par Nicolas Théry paie, d’une certaine manière, les « mesures exceptionnelles de solidarité et d’accompagnement en faveur des clients particuliers, professionnels et entreprises » — pour un montant de 201 millions d’euros —, son réseau de proximité et les investissements dans les nouvelles technologies assurant la continuité de la relation client lui permettent de rejoindre le peloton des bons élèves français. « Jamais la banque relationnelle mutualiste de proximité n’a fait autant preuve de sa pertinence », a ainsi estimé M. Théry lors de la présentation des résultats, qui s’établissent à 2 595 milliards d’euros net au terme de l’année 2020, accusant un recul de -18,4 % par rapport à l’année précédente (3 145 milliards d’euros).

Crédit Agricole et Société Générale à la peine

 

Les autres établissements français ont semblé davantage souffrir du contexte sanitaire et économique. Ainsi de Crédit Agricole SA, dont le bénéfice net a reculé de 44,4 % à 2 692 milliards d’euros, pour un PNB de 20,5 milliards d’euros et un coût du risque plus que doublé par rapport à 2019. Quant à la Société Générale, elle enregistre une perte nette de 258 millions d’euros en 2020, à mettre en regard des quelque 3,25 milliards d’euros d’excédent l’année précédente. Avec un PNB en recul de 10 % (-7,6 % à change et périmètre constants), la banque paie notamment son exposition sur les marchés et les conséquences des provisions passées pour couvrir les éventuelles futures défaillances de ses clients.

« Un risque considérable » en 2021

 

Dans la tourmente, les banques françaises ont donc globalement réussi à sauver les meubles et s’en sortent pour la plupart bien mieux que leurs grandes concurrentes étrangères. À titre de comparaison, l’italien UniCredit a perdu 3 milliards d’euros en 2020, l’allemand Commerzbank 3 milliards et l’espagnol Banco Santander 9 milliards d’euros. La majorité des établissements européens ont massivement augmenté leurs réserves pour se prémunir des suites de la crise. Mais l’incertitude liée à la résurgence des cas de coronavirus, « conjuguée à la disparition progressive de mesures de soutien en 2021, crée un risque considérable pour les banques », met en garde l’agence Moody’s. Si les banques françaises ont fait preuve de résilience en 2020, la plus grande prudence s’impose donc dans les mois à venir.

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