Intervention américaine au Venezuela : une affaire de pétrole et de suprématie du dollar ?
Après trois mois de menaces, Donald Trump a finalement renversé le président du Venezuela Nicolas Maduro et l’a ramené aux États-Unis pour le faire juger. S’il a toujours prétendu lutter contre le narcotrafic, le président américain a dévoilé dimanche ses véritables intentions. Il a annoncé mettre la main sur le pétrole vénézuélien et ouvrir le marché aux majors US. Ce programme impérialiste cache peut-être un besoin de maintenir la suprématie du dollar.
Après trois mois d’intimidation et de frappes sur des bateaux supposés appartenir à des trafiquants de drogue, les États-Unis ont finalement mis à exécution leurs menaces. Dans la nuit du samedi 3 janvier, les forces spéciales américaines ont mené une opération commando pour enlever le président du Venezuela Nicolas Maduro. Celui-ci a été arrêté en moins de 30 minutes et extradé aux États-Unis pour y être jugé pour narco-terrorisme…
Le Venezuela ne vend pas plus de drogue que l’Équateur, le Pérou, la Colombie et le Mexique
Bien sûr, personne ne croit à cette histoire. Le Venezuela, c’est moins de 5% de la drogue consommée aux États-Unis (moins de 1% pour la cocaïne seule), contre 70% pour l’Équateur. Des pays comme le Pérou, la Colombie et le Mexique pèsent même davantage. Ainsi, si les Américains voulaient vraiment combattre le trafic de drogue, ils commenceraient par ces États. Dimanche 4 janvier, Donald Trump a confirmé que tout ça c’était du blabla, comme la plupart des grandes interventions internationales sous le prétexte de défendre la démocratie et les droits de l’homme.
Le président américain a annoncé que les États-Unis allaient gérer la production vénézuélienne directement. Il a également appelé les compagnies US à faire leur grand retour dans le pays. Ces entreprises pétrolières, sauf Chevron, avaient quitté le Venezuela en 2008 après que l’ex président Hugo Chavez a décidé de les nationaliser en permettant à la société nationale, PDVSA, d’en prendre 60% du capital.
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole de la planète
Notons que le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole de la planète, devant l’Arabie saoudite, avec 303 milliards de barils Mais il a une faible production, seulement 900 000 barils par jour à cause des sanctions économiques et de la vétusté des infrastructures. En mettant la main sur l’or noir de ce pays, les États-Unis, premier producteur mondial, renforcent leur poids dans le secteur pétrolier. Ce contrôle américain du pétrole vénézuélien n’est pas une bonne nouvelle pour la Chine, principale rivale et plus gros acheteur du brut vénézuélien. C’est également un mauvais coup pour Cuba, qui en dépend énormément.
Le pétrole joue un rôle dans la domination du dollar depuis les années 70
Selon plusieurs experts, le contrôle du pétrole vénézuélien est également stratégique pour les États-Unis parce qu’il permet de conforter la suprématie du dollar, menacé par les initiatives de dédollarisation des pays émergents. Pour rappel, le pétrole joue un rôle dans la domination du dollar depuis plusieurs décennies. Après la fin de la convertibilité en or du billet vert sous l’administration Nixon en 1971, Henry Kissinger a signé en 1974 un accord majeur avec l’Arabie Saoudite. Ce deal impose que le pétrole saoudien soit vendu exclusivement en dollars. En échange, les États-Unis garantissent la sécurité du royaume et un soutien politique et militaire durable.
Cette combine permet aux Américains d’imprimer de l’argent à volonté, tandis que les autres pays doivent travailler pour cela. L’État-providence américain peut ainsi financer aisément ses infrastructures et surtout son armée, fer de lance de sa politique extérieure. C’est cet accord entre Washington et Ryad qui a donné naissance au pétrodollar. Depuis les années 70, ce système monétaire a largement dépassé le cadre saoudien pour devenir une norme internationale.
Le Venezuela a voulu sortir du système de pétrodollar
Le Venezuela, qui rappelons-le possède les plus importantes réserves de pétrole au monde, a bouté hors de ses frontières les compagnies américaines en 2008. Ce que Washington n’a jamais digéré. Le pays de Nicolas Maduro a également eu le toupet d’annoncer en 2018 sa volonté de sortir du système du dollar. Il avait alors commencé à accepter les transactions en yuans, euros et roubles notamment. Caracas prenait tout, sauf le dollar.
Le régime a en outre mis en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT. Évidemment, les États-Unis ne pouvaient pas rester les bras croisés, d’autant que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, rejoints récemment par d’autres États) cherchent à réduire leur dépendance au dollar, via le commerce des matières premières et l’énergie. Dans ce contexte, chaque grande réserve pétrolière qui échappe à l’orbite du dollar est perçue comme une menace existentielle par Washington.
Nicolas Maduro est tombé, pas le régime chaviste
Donald Trump aurait donc jugé vital de ramener sous influence américaine le Venezuela « rebelle ». Cette action contribuerait mécaniquement à renforcer la sphère du pétrodollar, un mécanisme qui maintient l’hégémonie américaine dans le monde. Mais rien n’est encore gagné. Si Nicolas Maduro est tombé, le régime vénézuélien lui survit. En effet, la vice-présidente Delcy Rodriguez a été investie présidente par intérim par le Conseil constitutionnel vénézuélien avec l’accord du Parlement et de l’Armée. Elle pourrait rejeter la tutelle américaine et choisir le bras de fer.
Dans ce cas, les États-Unis n’auraient d’autre option que de se rétracter honteusement ou de terminer le travail avec une invasion. Mais cette opération est risquée car elle pourrait déboucher sur un fiasco. Par ailleurs, même si Washington parvenait à soumettre Caracas, il lui faudra investir massivement pour remettre à neuf les infrastructures pétrolières vénézuéliennes, aujourd’hui très dégradées à cause de décennies de mauvaise gouvernance et de sanctions économiques.




