Mais où s’arrêtera Airbnb ?

La stratégie d’Airbnb semble de plus en plus agressive. Avec son nouveau service intitulé « Experiences », la start-up cherche en effet à asseoir son emprise sur l’industrie du tourisme à l’échelle planétaire. Et ce au détriment des économies locales qui peinent déjà aujourd’hui à s’en sortir face aux conséquences engendrées par le développement de la plateforme.

L’objectif d’Airbnb est-il d’obtenir le monopole du tourisme mondial au détriment de tous les autres acteurs du secteur et des habitants des villes où elle est installée ? C’est la question qu’industriels, pouvoirs publics et société civile se posent.

La plateforme californienne vient de lancer « Expériences », une nouvelle fonctionnalité qui permet de s’initier à des activités locales moyennant finance. Outre leur logement, les hôtes pourront désormais proposer différentes activités propres à la ville visitée : cours de poterie avec un maître japonais à Tokyo, visite de différentes crémeries à Paris, initiation au surf à Los Angeles… La plateforme propose déjà plus de 36 activités différentes et ne compte pas s’arrêter là.

Airbnb dépasse ainsi son statut d’alternative à l’hôtel pour renforcer son emprise sur le tourisme international. Exit les agences de tourisme, les petites et moyennes sociétés proposant des balades, des visites guidées, des découvertes et autres aventures. La start-up prône « l’ubérisation » des services et se rêve en centre unique de mise en relation entre particuliers.

Marchandisation du quotidien

Et cela pose de nombreux problèmes. Les experts mettent en garde contre la marchandisation « galopante » des activités du quotidien. Des activités qui étaient autrefois le fruit du hasard, des rencontres et de l’amitié gratuite, sont désormais à vendre ou à louer. Chacun peut faire commerce de ses activités, y compris les plus banales. « Se profile aussi une société où, pour gagner sa croûte, on ira chercher son touriste le matin en VTC à Orly, on s’improvisera guide l’après-midi à Orsay, et le soir, on préparera l’édredon pour un autre client Airbnb dans la chambre du fils », lisait-on récemment sur Télérama.

Un horizon qui fait bondir professionnels et gouvernements du monde entier, inquiets de voir le chantre de l’économie « collaborative » acquérir une position de quasi-monopole à l’international tout en détruisant les tissus économiques locaux.

A Paris, le « succès » d’Airbnb accélère l’hémorragie de population que connaissent certains quartiers. Le nombre d’habitants a ainsi reculé de 5 % dans les 2e, 4e, et 8e arrondissements entre 2009 et 2014, tandis que les 1er, 3e et 7e arrondissements ont perdu 3 à 4 % de leurs résidents. En cause, « la cherté du logement dans le centre de Paris, [qui] s’explique par la raréfaction du nombre de logements destinés à devenir des résidences principales », affirme Olivier Léon, directeur régional adjoint de l’Insee.

La France réagit timidement

Comme d’autres pays européens, la France a décidé d’agir face aux dérives d’Airbnb. Grâce à un décret paru dimanche 30 avril au Journal officiel, les communes de plus de 200 000 habitants et celles de la petite couronne parisienne pourront créer un numéro d’enregistrement pour les logements meublés faisant l’objet d’une location de courte durée. Contraints de se déclarer en mairie, les loueurs de logements ne pourront plus excéder la durée limite légale de 120 jours par an lorsqu’il s’agit de leur résidence principale.

Si la France a décidé d’agir, c’est que les grandes capitales ne sont plus les seules menacées. D’après l’élu local bordelais Matthieu Rouveyre, l’offre de locations Airbnb disponibles sur la capitale girondine a augmenté de 113 % en un an. Or, « il faut entendre que c’est autant de logements en moins pour les habitants. On constate que sur certains quartiers les touristes ont peu à peu, puis durablement, pris la place des habitants », s’alarme M. Rouveyre.

Ainsi, Bordeaux sera parmi les premières à appliquer le « décret Airbnb » pour « lutter contre les abus et éviter une concurrence jugée déloyale par les hôteliers ». Et Paris devrait suivre rapidement. Ian Brossant, adjoint au logement de Mme Hidalgo, s’était en effet déclaré « très heureux » lors de la publication du décret et avait rappelé qu’il souhaitait « une mise en œuvre rapide ».

Seulement, si ce décret permet de corriger temporairement les abus d’Airbnb, il ne faut pas oublier que la plateforme a désormais des objectifs autrement plus ambitieux et le bien-être des habitants des villes dans lesquelles elle s’installe ne semble pas faire partie de ses priorités…

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