“Balance Ton Mercosur” : ce que reprochent vraiment les agriculteurs au gouvernement

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Alors qu’ils ne cessent de dénoncer la sur réglementation qui pèse sur leur métier, les agriculteurs subissent la concurrence déloyale de produits importés. La signature du traité de libre-échange avec le Mercosur, l’interdiction du glyphosate et la tolérance face aux aliments ultra-transformés provoquent leur fureur.  

#BalanceTonMercosur, le mot-dièse que les agriculteurs se sont choisi pour dénoncer la duplicité du gouvernement, aura-t-il le même impact médiatique que le fameux #BalanceTonPorc ? Après tout, il est dans les deux cas question de bêtes, et surtout d’hypocrisie.

Pour Samuel Vandaele, secrétaire général des Jeunes agriculteurs, la signature de l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, dont les négociations ont repris en 2013, serait en effet “entièrement à contre-sens des états généraux et de la politique d’Emmanuel Macron“.

Un sentiment largement partagé par les agriculteurs, plusieurs manifestations de paysans en colère ayant eu lieu mercredi 21 février. “Le gouvernement nous abandonne. On nous promet des choses, des revalorisations dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation et de l’autre côté, on signe des accords pour importer de la viande de pays où les normes ne sont pas les mêmes“, dénonce pour sa part Sébastien Poncet, président des Jeunes agriculteurs de l’Isère.

Cela fait des années que les paysans français en voient de toutes les couleurs. La Mutualité sociale agricole (MSA) estime que la moitié des agriculteurs hexagonaux ont touché moins de 354 euros par mois en 2016. “Notre agriculture souffre d’une sur-administration, d’une surréglementation, avec une multiplication de normes qui exige des agriculteurs qu’ils investissent encore et toujours, ce qui les conduit à leur perte“, fustige la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Concurrence déloyale

 

C’est pourquoi le projet d’accord avec le Mercosur ne passe pas. “On parle beaucoup de qualité, de sécurité sanitaire… mais on peut même aller plus loin en parlant du modèle d’exploitation que l’on veut. Aujourd’hui en France, on veut des fermes de type familial, on ne veut pas de grosses usines… Et puis voilà qu’on signe un traité avec des pays qui ne respectent pas les mêmes règles sanitaires et environnementales, les règles de bien-être animal… Outre la question de la qualité alimentaire, c’est toute la question du modèle agricole que l’on veut qui est posée“, analyse Samuel Vandaele.

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Les agriculteurs commencent à avoir l’habitude des paradoxes. Alors que les Etats membres de l’UE ont voté en novembre en faveur d’une nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate, Emmanuel Macron a annoncé qu’il souhaitait interdire l’herbicide “au plus tard dans trois ans“. De quoi mettre en colère, à nouveau, la FNSEA, qui craint une forme de concurrence déloyale avec les produits importés. Nicolas Hulot affirme néanmoins ne pas être “buté” et d’envisager des “exceptions” pour les agriculteurs qui ne seraient pas en conformité.

Le glyphosate, sous le feux des projecteurs, mais…

 

Selon une étude de l’institut Ipsos, le retrait de l’herbicide le plus utilisé dans le monde coûterait deux milliards d’euros à la filière agricole française. Un chiffre énorme lorsque l’on sait que seul le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) continue de classer le glyphosate comme “cancérogène probable” pour l’homme.

Le professeur Alfred Bernard directeur de recherche FNRS rappelle que la méthodologie d’évaluation du CIRC pourrait être la cause. En effet, celui-ci estime que “L’hypothèse d’un sur-classement méthodologique du glyphosate par le CIRC est d’autant plus plausible qu’il y eut des précédents dont le dernier en date était celui du café“. Le CIRC classait à l’époque le café comme cancérogène probable car un facteur “confondant ” – la température de l’eau – conduisait à des cancers. Ainsi, peu importe qu’il sagisse de café ou de thé, l’eau chaude supérieure à 65° C, augmenterait le risque de cancer. En-dessous de 65°C, l’hypothèse ne se vérifiait plus.

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ni l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) et même la Réunion conjointe FAO/OMS ont, parmi d’autres agences internationales, conclu à l’innocuité de la molécule sur la santé humaine dans le respect des limites d’exposition établies. Aucune autre agence que le CIRC, dont des erreurs méthodologiques avaient déjà été signalées, n’ont déclaré la substance cancérogène. Il s’agit donc, pour le professeur Alfred Bernard, d’une véritable défiance “à l’égard de l’expertise scientifique menée par les agences officielles de sécurité de l’environnement ou de l’alimentation“.

Le véritable risque est ailleurs


Mais alors que tous les débats se focalisent sur le glyphosate, l’essentiel est peut-être ailleurs. Comme de nombreux experts, l’ancien professeur de médecine Claude Got s’interroge sur la déconnexion entre le risque perçu par la population et le risque réel. En réalité, le véritable enjeu de la santé publique lié à l’alimentation est celui de l’obésité et la sédentarité. La viralité des informations médiatisés avec son lot de désinformation scientifique porte un coup à la Science.

Des études récentes ont montré des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque accru de dyslipidémies, de surpoids, d’obésité et d’hypertension artérielle. Assiste-t-on à une mobilisation d’envergure mondiale pour autant ? Que nenni. Pour sa part, une étude associant des chercheurs de l’Inserm, l’Inra et l’Université Paris 13 suggère quant à elle une association entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le sur-risque de développer un cancer.
Il serait peut-être temps que les pouvoirs publics s’attaquent aux vrais problèmes au lieu de continuer à asphyxier les agriculteurs, un secteur déjà suffisamment éprouvé par des décennies de crise.

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