Banque Publique d’Investissement: mode d’emploi

Mercredi 17 octobre, le gouvernement a officialisé la mise en chantier de la Banque Publique d’Investissement, annoncée comme l’un des projets phares du quinquennat de François Hollande. Bras armé de la politique économique ou nouvelle usine à gaz, comment l’institution va-t-elle fonctionner ? Mode d’emploi:

C’était le premier des soixante engagements de François Hollande et il est en passe d’être tenu, au moins sur le papier. “Je créerai une Banque publique d’investissement. A travers ses fonds régionaux, je favoriserai le développement des PME et je permettrai aux régions, pivots de l’animation économique, de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité de la France. Une partie des financements sera orientée vers l’économie sociale et solidaire” écrivait alors celui qui n’était que le candidat désigné par les sympathisants socialistes pour l’élection présidentielle.

Cette Banque Publique d’Investissement (BPI) vise à rassembler derrière un guichet unique différents instruments de soutien au financement des entreprises puis, dans un second temps, les fonds d’aide à l’exportation (Ubifrance et la Coface) pour promouvoir les PME innovantes et les filières d’avenir.

D’où vient cette idée ?

L’inspiration d’un tel outil est à chercher outre-Rhin. En effet, le soutien aux PME est une stratégie suivie de longue date par l’Allemagne et théorisée sous le nom de “Mittelständische Weltmarktführer”, c’est à dire littéralement des moyennes entreprises leaders mondiaux. Ces entreprises ont en commun de posséder un très haut degré d’internationalisation, d’occuper la première ou la deuxième place dans leur branche spécifique ou niche de marché et de concentrer leur processus de production à haute valeur ajoutée en Allemagne.

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, assume clairement cette référence et a d’ailleurs cité l’exemple de la banque publique allemande KFW, qui a octroyé 14 milliards d’euros de prêts et de crédits à quelque vingt mille PME du pays depuis le printemps 2009, lors de la présentation du projet gouvernemental.

A quoi la BPI va-t-elle servir ?

Véritable bras armé de la politique économique de l’Etat, la BPI devra à la fois accorder des prêts aux PME et aux entreprises ainsi qu’investir en capital dans ces mêmes sociétés pour les “accompagner tout au long leur développement” et « les aider à soutenir l’innovation”, d’après les mots du premier ministre, Jean-Marc Ayrault.

Le dispositif regroupera plusieurs institutions chargées de soutenir les PME comme Oséo, Qualium Investissement et le Fonds Stratégique d’Investissement. Oséo participe déjà au financement de l’innovation. La mobilisation des fonds propres, avec une participation minoritaire pourrait être gérée par Qualium Investissement, fort de son expérience dans le domaine.

Quels moyens ?

La BPI devrait disposer de moyens conséquents puisque 42 milliards d’euros (soit deux fois plus que le FSI, et davantage que le budget de la défense) lui seront alloués.  Dans cette somme, 20 milliards serviront aux prêts, 12 milliards serviront de garanties et 10 milliards d’euros seront consacrés à des investissements en fonds propres pendant la durée du quinquennat.

L’institution devrait être destinataire des nouveaux fonds collectés par le livret de développement durable, soit 7 à 12 milliards dans les deux ans qui viennent.

Quelle équipe ?

Le tout-Paris annonçait Anne Lauvergeon pour le poste, pourtant c’est un quasi inconnu, Nicolas Dufourcq, directeur financier de Cap Gemini, qui devrait être nommé directeur général de la BPI. En tout cas, il a été chargé de « définir les objectifs et les contours” de l’établissement mais le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a immédiatement précisé que la probabilité que Nicolas Dufourcq devienne ensuite directeur général de la BPI était « forte ». Cet HEC et Inspecteur des finances a un profil assez éloigné du « grand industriel » qu’appelait de ses voeux le ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg.

Concernant le poste de président, le nom du directeur de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC) Jean-Pierre Jouyet, a émergé assez rapidement. Rien de plus logique puisque la CDC détiendra 50% du capital de la BPI à parité avec l’Etat.

Quel rôle pour les régions ?

C’est une des principales zones d’ombres du projet. D’après Jean-Marc Ayrault, les décisions seront prises à l’échelle régionale pour 90% des projets. Le conseil d’orientation de la BPI aura à sa tête un représentant des régions françaises et le conseil d’administration aura 2 administrateurs nommés par les régions.

Au même titre que les syndicats et le patronat, les élus régionaux auront également un pouvoir de recommandation sur l’action de la BPI au sein d’un comité national d’orientation qui sera probablement dirigé par un président de région. On évoque notamment le président de la région Aquitaine et de l’Association des régions de France, le socialiste Alain Rousset.

Cependant, nul ne sait actuellement qui va composer ce conseil régional d’orientation, ni quel sera son degré de liberté dans la prise de décision. Ce flou est pour l’instant une des principales raisons expliquant les critiques actuelles contre la BPI.

Nicolas Dufourcq devra donc clarifier tout cela d’ici janvier. Ses conclusions ne manqueront pas d’être observées de très près.

Déjà 2 commentaires sur cet article

  1. evanno dit :

    Toujours mieux!

    D’après ce qu’on croit savoir; les 42 milliard viendront pour moitié des fonds publics : donc le contribuable, d’autre part de la CDC: donc l’épargnant. Autrement dit c’est encore les citoyens qui vont passer à la caisse.
    On voulait dissocier les banques d’affaires et de dépots, c’est fait et bien fait.
    Les risques sont toujours pour les mêmes.

  2. villa dit :

    bonjour
    le logo BPI que vous utilisez dans votre article ne correspond pas a la banque publique d’investissement
    cordialement

    s villa

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