Les stratégies d’Areva pour s’en sortir

Surmené par la perte de 4,8 milliards d’euros en 2014, le leader de l’énergie ne baisse pas les bras et envisage une stratégie sévère d’économie et peut-être un rapprochement avec EDF.

Aujourd’hui était le jour J pour Areva. Au moment de la présentation de ses résultats qui s’est soldé par une perte record de 4,8 milliards d’euros en 2014. Le géant de l’énergie a profité de l’occasion pour dévoiler sa stratégie pour se sortir de cette situation catastrophique et reprendre l’équilibre d’exploitation à l’horizon en 2018. La première étape consiste à mettre en place une stratégie permettant d’économiser un milliard d’euros, et pour y arriver, Areva envisage de se rapprocher d’EDF.

 

Devrait-on s’attendre à des suppressions d’emploi ? «Nous ferons tout pour que, s’il doit y avoir des départs, ils se fassent sur la base du volontariat », a annoncé Philippe Knoche, le nouveau directeur général du groupe qui compte actuellement près de 45 000 salariés. Areva envisage de mettre en place «à partir de la fin du mois de mars » une phase de concertation avec les organisations syndicales concernant «un projet d’accord-cadre » relatif à «l’emploi, aux rémunérations et au temps de travail ».

Le ministre du Travail, Françoise Rebsamen a déclaré sur France Inter que « le gouvernement suivait de près le dossier » et que jusqu’à maintenant, aucune ne mesure de suppression de poste n’est envisageable. «S’il y avait des suppressions de postes, cela se ferait bien sûr sans licenciements », a-t-il expliqué. Le premier ministre a également assuré ce mardi qu’il n’y aurait «en aucun cas de carnage social ». «Je vois bien l’augmentation du temps de travail comme objectif à certains endroits, le forfait jour va sans doute nous tomber sur la figure », a commenté Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT. «Nous estimons que ce n’est pas aux salariés de payer les conneries, ni les malversations autour d’Uramin [société acquise en 2007, ndlr]. La pression sociale est en train de monter» prévient Pascal Evariste de la CGT.

Ainsi, en plus du plan d’un milliard d’économies, Areva procèdera également au recentrage de ses activités. Le groupe pense diminuer l’investissement en vue d’économiser près de 1,6 milliard d’euros jusqu’en 2017, puis à 3 milliards d’euros dans les deux prochaines années. Les cessions d’actifs atteindront 450 millions comme prévu en octobre dernier. Le groupe envisage de « recentrer sur «le cœur des procédés nucléaires» sans abandonner son modèle intégré promu par sa précédente dirigeante Anne Lauvergeon (2001-2011).

Le groupe pense abandonner le projet de diversification des énergies renouvelables. Philippe Knoche affirme que suite au dernier projet effectué en Inde, Ariva sortira du solaire. Concernant les projets en cours dans l’éolien offshore, ils seront traités par l’Espagnole Gamesa. « Le plan de redressement est à la fois énorme et pas suffisant», rétorque Jean-Pierre Bachmann de la CFDT. «Il ne couvrira pas les 4,9 milliards de pertes», a-t-il ajouté en plaidant pour un «besoin clair» de recapitalisation. «Le groupe n’est pas encore sauvé. L’État doit prendre ses responsabilités.»

Cependant, la recapitalisation est, encore « prématurée» explique, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron envisage quand même un rapprochement « y compris capitalistique » avec RDF. Cette recapitalisation peut être une participation d’électricien dans le groupe ou dans certains actifs. «Nous avons depuis maintenant quelques mois, […] avec les équipes d’Areva, engagé des chantiers d’amélioration de notre efficacité opérationnelle […] de façon à travailler en meilleure intelligence et à coopérer sans aucune arrière-pensée.» Mais «il n’y a aucun autre projet à l’ordre du jour», a déclaré le PDG de l’EDF pendant sa présentation des résultats annuels.

Le directeur général d’Areva a cependant évité le débat entre l’État et l’EDF. «Aujourd’hui, les discussions avec EDF portent sur des points opérationnels, les éventuelles discussions capitalistiques interviendront dans un second temps», explique-t-il. Le rapprochement ne peut dépasser l’achèvement des projets en cours et l’optimisation de la gamme de réacteurs. «La France a besoin d’Areva et le monde a besoin de l’équipe de France du nucléaire constituée par Areva, EDF, Alstom et le CEA», explique le président d’Areva Philippe Varin. Philippe Varin explique que la Chine serait son marché prioritaire. «Le monde a besoin du nucléaire et il existe de formidables opportunités en Asie», a-t-il ajouté en citant le chiffre de l’AIEA qui estime que l’énergie nucléaire devrait augmenter de 30% d’ici 2030.

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