Au Brésil, Lula déjoue les pronostics mais devra répondre aux urgences économiques et sociales

Au Brésil, Lula déjoue les pronostics mais devra répondre aux urgences économiques et sociales

Luiz Inácio Lula da Silva a remporté dimanche l’élection présidentielle brésilienne, avec 51,79 % des suffrages exprimés, face au candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro. Inattendue après un premier tour favorable à son adversaire, cette victoire offre un sursis à la gauche dans une Amérique du Sud où les courants conservateurs et les alliés de Donald Trump gagnent du terrain. Mais ce quatrième mandat, le dernier de Lula, sera décisif pour l’avenir politique du pays.

Arrivé derrière Flávio Bolsonaro au premier tour, le 4 octobre dernier, avec un retard de 2 points (47% contre 45%), Luiz Inácio Lula da Silva a finalement renversé la tendance au second tour ce dimanche. Le président sortant a été réélu pour un quatrième mandat non consécutif avec 51,79 % des suffrages exprimés, contre 48,21% pour son adversaire de droite. La mobilisation accrue des électeurs dans l’entre-deux-tours semble avoir joué un rôle déterminant : la participation est passée de 79 % au premier tour à environ 81 % au second. Les millions de Brésiliens qui ne s’étaient pas déplacés initialement ont ainsi pu contribuer au basculement du scrutin, craignant certainement que leur pays passe sous la coupe de Washington avec les risques politiques, économiques, sociaux et environnementaux que cela implique.

Une situation économique à redresser

Si Lula se targue d’avoir sauvé le Brésil d’une mise sous tutelle américaine, il ne pourra pas s’appuyer sur les discours souverainistes pour réussir son dernier mandat. Le président de gauche doit désormais s’attaquer aux difficultés profondes qui ont alimenté la progression de l’extrême droite. Sur le plan économique, la situation budgétaire constitue une priorité. La dette publique dépasse 80 % du produit intérieur brut, tandis que les taux d’intérêt figurent parmi les plus élevés au monde (13,75%).

Selon l’économiste Mauro Rochlin, de la Fondation Getulio Vargas, la maîtrise des finances publiques représente le principal défi du gouvernement. Il juge nécessaire de prendre des mesures impopulaires et d’opérer des réductions de dépenses, même si cela pourrait fragiliser les programmes sociaux qui constituent l’une des marques de fabrique de la gauche.

Trouver des solutions à l’insécurité au Brésil

Mais les enjeux dépassent les seuls équilibres budgétaires. Lula devra aussi répondre aux préoccupations quotidiennes des Brésiliens, notamment en matière de sécurité, considérée comme leur première inquiétude selon les derniers sondages. Les factions criminelles et les milices contrôlent certains territoires urbains, tandis que les accusations de laxisme pèsent sur le président.

Obtenir des résultats tangibles dans ce domaine sera indispensable pour restaurer la confiance auprès des citoyens brésiliens. Plus largement, l’amélioration des conditions de vie, la réduction des inégalités et la préservation des dispositifs de protection sociale seront essentielles pour répondre aux frustrations qui nourrissent le vote en faveur de l’extrême droite. Un accent particulier devrait être mis sur le chômage et le pouvoir d’achat.

La forte opposition au Parlement risque de compliquer le travail de Lula da Silva

La configuration politique dans le pays pourrait toutefois compliquera la tâche à Lula. En effet, le Parti libéral de Flávio Bolsonaro dispose de 121 sièges sur 513 à la Chambre des députés et de 28 sénateurs sur 81. Pour faire adopter ses réformes, le président de gauche devra notamment négocier avec le bloc hétéroclite de partis de centre-droit qui domine le Congrès national.

Il lui faudra en même temps avoir les épaules assez larges pour défendre la souveraineté brésilienne face aux pressions de Donald Trump. Ce dernier, soutient officiel des Bolsonario (père et fils), fera certainement payer aux Brésiliens leur choix électoral en durcissant les droits de douanes. Il est de notoriété publique que le patron de la Maison Blanche veut prendre possession du Brésil pour parachever son emprise sur l’Amérique latine.

Lula da Silva doit profiter de ce dernier mandat pour préparer un successeur crédible

Lula da Silva devra donc à la fois redresser la situation socio-économique du Brésil, tout en le protégeant de l’ingérence américaine. Il le faudra pour démontrer aux Brésiliens que la gauche peut encore répondre aux attentes populaires. Par ailleurs, le président devra faire émerger un successeur crédible, capable de poursuivre son action. Sans amélioration concrète de la situation économique et sociale et sans un nouveau leader charismatique pour le Parti des travailleurs, ce dernier mandat ne fera que repousser de quelques années seulement le retour de l’extrême droite au pouvoir.