L’Ukraine, puissance agricole au futur encore incertain

champ-de-blé-en-Ukraine _ photo Raimond SpekkingLa chute de l’URSS a profondément transformé la carte de l’Europe et le centre de gravité de l’UE s’est déplacé vers l’Est avec l’intégration d’États depuis peu indépendants ou sortis du carcan soviétique. Parmi les pays qui espoir voir l’avenir s’écrire sous le ciel bleu européen, l’Ukraine fait figure de poids lourd. 

Si l’Ukraine est un poids lourd, ses pieds sont encore faits d’argile tant les handicaps du pays demeurent importants. Le problème numéro 1 est la corruption qui gangrène l’ancien pays du bloc de l’Est. Les sept décennies de communisme suivies d’une libéralisation sauvage du marché dans les années 1990 ont laissé des traces. Les programmes anticorruption n’ont pas encore l’effet escompté et les pièges sont nombreux pour les investisseurs (étrangers).

Si l’Ukraine se signale négativement dans les classements mondiaux portant sur la corruption, le pays a de sérieux atouts pour changer en profondeur son économie et son climat politique parfois difficile. Comme l’expose Jean-Jacques Hervé, ancien conseiller du ministre ukrainien de l’Agriculture, le pays dispose de 42 millions d’hectares de terre et les rendements pourraient être « comparables à ceux de la France ». L’hexagone est donc attentif à l’évolution de la production agricole du pays qui est aujourd’hui au niveau d’avant son écroulement, au début des années 1990.

La culture du tournesol est très développée, mais subit de grandes variations d’année en année en raison d’un climat continental capricieux (58 millions de tonnes en 2008, 39Mt en 2010…). Il n’en demeure pas moins que la qualité des sols ukrainiens est exceptionnelle, et bien cultivés, ils peuvent donner une production abondante. Ce potentiel agricole se vérifie au niveau de la richesse nationale puisque l’agroalimentaire pèse environ 7,5% du PIB ukrainien (contre à peine plus de 3% pour la France).

L’ancien conseiller à l’agriculture explique également que le potentiel d’exportation céréalière est d’environ 28-29 millions de tonnes par an. Une manne sur laquelle compte le pays pour multiplier les partenariats commerciaux. L’économie est au cœur de l’action du gouvernement ukrainien qui souhaite donner du poids à un pays presque aussi grand que la France. L’exécutif ukrainien, le président Viktor Ianoukovitch en tête, souhaite renforcer ses liens commerciaux et politiques avec l’Union européenne. La tâche n’est pas simple, car l’ancien grand frère russe suit le moindre mouvement de son ancien pays satellite à la loupe.

Attirée par les phares encore fonctionnels de l’Union européenne, l’Ukraine aimerait rapprocher son économie de celle de ce grand voisin que rien ne semble pouvoir couler, pas même une crise profonde qui la frappe depuis 5 ans. D’ailleurs  à l’occasion du Sommet des chefs d’État d’Europe centrale et orientale de Bratislava (juin 2013), le président Ianoukovitch s’est déclaré « convaincu que l’intégration du marché domestique ukrainien, de ses infrastructures industrielles et agricoles à l’Espace économique européen aura des répercussions positives importantes sur la situation économique européenne et contribuera à aider l’Europe à surmonter la crise ».

L’objectif affiché par l’Ukraine (gouvernement et opposition comprise) est d’obtenir la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne. Liens commerciaux plus étroits et influence politique palpable de l’Union sur Kiev sont attendus avec la signature d’un accord qui pourrait voir le jour à l’occasion du Sommet du Partenariat oriental de Vilnius les 28 et 29 novembre prochains.

Espéré par les principaux partenaires européens de l’Ukraine, cet accord serait également une chance pour la France qui aurait son mot à dire sur la politique agricole d’un pays qui aspire à entrer dans l’Union européenne à moyenne échéance. Kiev souhaite s’allier à l’Europe (avant de l’intégrer), autant saisir la main tendue et faire d’un concurrent potentiel un partenaire privilégié.

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