Laurent Courbin, nouveau propriétaire de Technikart

 

technikart_0148Patron du groupe ATEO Finance et propriétaire depuis peu de l’iconique magazine Technikart, Laurent Courbin est, à 46 ans, un entrepreneur qui aime défricher les territoires les plus complexes. Du code informatique au marché de l’art, en passant par l’extrême technicité des produits dérivés, L. Courbin évolue sans difficulté au sein d’univers qui restent incompréhensibles pour le commun des mortels. Itinéraire …

Depuis plus de vingt ans, la complexité est devenue une partie intégrante du monde de la finance. Aux marchés actions et obligataires (déjà hermétiques pour le plus grand nombre) s’est en effet greffé le monde des produits dérivés, ces instruments financiers qu’accompagne une terminologie ésotérique (futures, swaps, warrants…) et qui pèsent plusieurs centaines de milliards de dollars aujourd’hui, alors qu’ils n’existaient quasiment pas en 1990. Soit des centaines de millions d’achats et de ventes, d’ordres et d’opérations, par jour, réalisés au sein des salles de marché.

Jusqu’il y a peu, chacun de ces ordres était encore annoté manuellement sur des tickets papier, et ressaisis par des opérateurs dans différents systèmes. Forte de ce constat, une jeune société, Ateo Finance, lance en 2000 un outil logiciel complètement intégré, permettant non seulement de fluidifier la circulation des ordres dans un marché en croissance exponentielle, mais également de réduire les risques d’erreurs sur des opérations de plus en plus lourdes… Son créateur, Laurent Courbin, présente un profil rare : il est aussi à l’aise pour écrire des pages de code informatique que pour comprendre les arcanes de ces fameux marchés dérivés en démarchant lui-même ses prospects au téléphone. Capable aussi bien de déchiffrer ou écrire du javascript et du dot NET que de vous expliquer ce qu’est un Credit Default Swap.

En 1984, alors que les produits financiers complexes n’existent pas encore en France, et à l’heure où Bill Gates introduit à peine Microsoft sur le Nasdaq, Laurent Courbin est déjà immergé dans le monde du développement informatique : encore dans l’adolescence, il commercialise des logiciels d’entreprise, et finance ainsi ses études. Une passion tellement dévorante qu’il lui faudra se séparer (un temps) de son ordinateur de l’époque pour être sûr de se consacrer à son bac…

C’est de cette époque que lui viennent à la fois la capacité d’écrire un logiciel complexe en quelques semaines, mais aussi le goût d’entreprendre. Et si le succès d’Ateo et de sa solution n’ont pas manqué de susciter des convoitises, Laurent Courbin a fait le choix de rester indépendant, tout en s’appuyant sur la Caisse des dépôts et consignations, fidèle actionnaire depuis plus de quinze ans. Avec des implantations à New York, Chicago, Londres, Singapour, Hong Kong et Paris, et en étant présent chez les plus grands brokers de la planète, Ateo Finance poursuit un développement basé sur la solidité de son produit, et la stabilité de ses équipes qui garantit une forte réactivité.

Mais si exceptionnelle soit-elle, la double casquette de « financier-informaticien » n’est pas exclusive. Coureur automobile à ses heures, féru de photographie, passionné d’art, Laurent Courbin est un touche à tout enthousiaste. Aussi, lorsqu’il apprend que le magazine Technikart est en difficulté et cherche un repreneur pour sortir de l’ornière, il n’hésite pas. Il faut dire qu’il fait partie des lecteurs assidus du magazine depuis des années, et  qu’il connait bien Fabrice de Rohan Chabot, le fondateur et rédacteur en chef de Technikart.

Les deux hommes se respectent, et souhaitent collaborer : Laurent Courbin reprend donc le magazine culturel en décembre 2015, et lui injecte immédiatement les liquidités nécessaires. Le deal avec Rohan Chabot est clair : délesté des contraintes financières et de la gestion au jour le jour, il peut enfin accorder la totalité de son temps à la qualité de l’éditorial, l’une des grandes forces du titre. De son côté, Laurent Courbin s’engage bien entendu à ne pas interférer dans la ligne éditoriale. Avec un objectif commun : poursuivre l’incroyable aventure d’un magazine central dans l’espace culturel actuel, marqué par des collaborations avec les auteurs les plus innovants et créatifs, au croisement de l’art, de la contre-culture et des ruptures technologiques…

Cette acquisition vaut à Laurent Courbin une attention médiatique nouvelle. Mais il ne compte pas s’arrêter là. Il a en effet identifié un nouveau secteur sur lequel exercer ses méninges, aux arcanes aussi difficiles à pénétrer que le monde de la finance : le marché de l’art. Un marché qui apparait aujourd’hui comme un far-west comparable à ce qu’était la finance des années 80 par son opacité, mais qui est aussi en cours de mutation et de structuration. A commencer par une mutation géographique, puisque son centre de gravité bascule progressivement vers l’Asie et ses collectionneurs milliardaires. Une zone qui intéresse particulièrement Laurent Courbin, qui passe une grande partie de son temps avec ses équipes de Hong-Kong. Pour un challenge à suivre…

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