Olivier Piou, Marc Lelandais, la reconstruction du monde patronal français

Une récente étude sur les grands patrons du pays a révélé un changement majeur dans le monde entrepreneurial français depuis la crise financière de 2008 : les patrons des grandes entreprises ont pour la plupart beaucoup changé. Plus proches de nous et de leurs produits, cette conséquence de la crise doit être une des rares que l’on peut applaudir.

« Un saut générationnel »

L’étude bisannuelle dédiée aux dirigeants du CAC 40 mais également à ceux de la même envergure a eut la surprise de constater cette année « un vrai rajeunissement » dans le monde de l’entreprise français, « par les patrons et par les entreprises » explique Vincent de la Vaissière, président de VCOMV et également éditeur de cette étude.

En seulement deux ans, Jean-Pascal Tricoire, dirigeant de Schneider Electric, Thierry Pilenko, président de Technip, Marc Lelandais, à la tête du groupe Vivarte, Jean-Pierre Clamadieu, qui s’occupe de Solvay ou encore Olivier Piou, DG de Gemalto ont participé à ce que Vincent de la Vaissière qualifie de « saut générationnel ».

« Les héros sont fatigués, c’est le temps de préparer la succession » précise ce dernier. La crise et les polémiques concernant des dirigeants parfois trop déconnectés du monde réel ont eut finalement raison de l’ancien « profil des patrons », hautains et sans valeurs.

Une démarche plus proche du produit et des enjeux communs

« Nous avons du mal à nous relier aux autres patrons » note Olivier Piou, directeur général de Gemalto, le leader mondial de la sécurité numérique. D’autres comme Marc Lelandais, PDG du groupe Vivarte qui possèdent des enseignes comme André ou encore La Halle, confirme cette déconnection des patrons d’aujourd’hui avec ceux d’hier, « on est dans une économie de l’instant, globalisée, surinformée, sursollicitée qui engloutit l’individu et dilue sa personnalité » condamne-t-il.

Loin des dirigeants qui se contentent de recevoir les bénéfices, Marc Lelandais fait partie de cette génération qui a choisi de s’impliquer dans ce qu’il fait. Après 10 ans passés dans les usines et les manufactures à développer les produits, il souhaite aujourd’hui « rapprocher sa marque des français ».

Cette démarche n’est pas propre à Marc Lelandais, d’autres ont également choisi de transformer leur entreprise afin qu’elle corresponde mieux aux enjeux actuels. Jean-Pierre Clamadieu, directeur de Solvay, le leader de la chimie mondial, précise que « ce que l’on apprend sur le terrain est essentiel pour comprendre et contribuer à certains débats d’intérêt collectif comme ceux touchant au développement durable et à la transition énergétique ». Il ajoute avec justesse que les « entreprises ne sont pas des êtres éthérés, elles vivent et se développent dans la société ».

Une conséquence heureuse de la crise financière

Il semblerait que, pour une fois, la crise ait eut une conséquence bénéfique pour une partie du secteur de l’entreprise. Ces nouveaux patrons ont tiré des conséquences importantes de cette crise financière et des polémiques visant les grands dirigeants aux dépenses jugées un peu trop faciles. « On a un sens très poussé de la ligne jaune. Un sou est un sou, on a tous du mal à le gagner et on ne s’amuse pas avec » déclare avec le plus grand sérieux Olivier Piou.

«  Dans un monde qui change aussi vite que le nôtre et qui connaît autant de crises depuis dix ans, finalement survivent et réussissent des patrons qui réunissent intelligence émotionnelle et analytique, vision et sens stratégique, développement et performance sur le long terme, plus que le raisonnement seulement financier sur le court terme » conclut finalement Emeric Lepoutre, directeur de la Practice Board.

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