Ces drogues qui ruinent la France

joint_photoChmee2Les enjeux de la drogue et des addictions sont souvent abordés sous l’angle sanitaire et social, moins sous un angle strictement économique. Pourtant, les drogues, qu’elles soient licites ou illicites, coûtent très cher à la société française. Une partie de ses ressources est gaspillée alors que la France en a plus que jamais besoin en temps de crise. Une gabegie en partie imputable à une politique répressive inefficace dont il faudrait repenser le cadre légal.

Une étude réalisée par les pays européens dont la France à la demande de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) s’est intéressée aux dépenses publiques en matière de lutte contre les drogues et les addictions en 2011. Elles se divisent en deux catégories : celles relevant de l’état, dédiées à la mise en œuvre de politiques relatives aux drogues, et celles relevant de l’Assurance maladie, consacrées à la prise en charge des conduites addictives.

Livrons-nous au plaisir de l’énumération. En la matière, l’exercice ne manque pas de piquant. Côté État, les postes de dépenses concernent la prévention des consommations, l’application de la loi et lutte contre le trafic, l’intensification et la diversification de la prise en charge sanitaire, la promotion de la recherche et l’action internationale.

L’Assurance maladie n’est pas en reste avec des dépenses allouées à la mise en œuvre des différents plans gouvernementaux (plan de lutte contre le tabac, l’alcool et les drogues illicites et plan « santé prison »), aux centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), aux centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) et aux remboursements des traitements de substitution aux opiacés.

Cela commence à faire son petit lot de postes de dépenses, et il n’est guère étonnant que la facture totale française soit estimée à 1,50 Md€ en 2010 – budget inchangé pour 2012 – (contre 1,47 Md€ en 2009 et 1,29 Md€ en 2008). À noter que l’étude en question néglige toutes les dépenses engagées pour traiter les maladies causées par la consommation de drogues (cirrhose, cancers, etc.). Or les coûts attribuables aux traitements des pathologies liées aux drogues représentent sans doute un autre petit pactole. Il s’agit en fait de la majeure partie des dépenses publiques relatives aux drogues.

Ces coûts s’élèveraient à 21,58 Md€ en 2003, soit 26,66 Md€ actualisés en 2010, selon le rapport de Pierre Kopp et Philippe Fénoglio. Au regard de ces constats, affirmer que ce budget devrait être actualisé d’urgence sonne comme une banalité. Dans son rapport remis à la MILDT, le Professeur Michel Reynauda récemment appelé les autorités publiques à allouer les ressources nécessaires à un nouveau calcul du poids que les drogues font peser sur la collectivité.

Il enfonce le clou en rappelant que 1,4 % de la richesse produite en France est gaspillée du fait de la présence des drogues. À elle seule, l’application d’une politique répressive (police et justice, politique de ville et de cohésion sociale dans les quartiers concernés par trafics illicites et politiques sanitaires et médico-sociales appliquées aux usagers trop tardivement pris en charge par les circuits de soin) accapare 1 % du PIB alerte Marie Debrus, présidente de l’Association française des réductions des risques (AFR) dans une tribune parue dans Libération mardi 22 octobre 2013.

Cette politique découle de la loi de décembre 1970 qui a fait prendre à la lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic un nouveau tournant. Elle a constitué jusqu’à aujourd’hui le socle de la politique française en la matière et place l’usager entre répression et soin, sans distinction entre les drogues douces et dures, entre l’usage en privé et en public, ou encore entre l’usage régulier et occasionnel.

Marie Debrus appelle à la création d’un « nouveau cadre légal autorisant et encadrant la consommation de produits classés aujourd’hui comme stupéfiants », car la loi répressive de 1970 est devenue inefficiente, condamnant de façon homogène et unilatérale des produits ou des usages très divers. Il est grand  temps de revoir ce cadre légal, d’autant plus dans l’actuel contexte de crise dans lequel les dépenses inutiles devraient être redéployées vers des politiques publiques véritablement bénéfiques à la collectivité.

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