Le grand carénage du parc nucléaire, une chance pour l’industrie française ?

centrale_nucléaire_civauxLe grand carénage, opération majeure de rénovation et de maintenance du parc nucléaire français mise en place sur les dix prochaines années et destinée à prolonger la durée de vie des centrales, apparaît aujourd’hui comme une véritable aubaine pour de nombreuses entreprises et groupes industriels des secteurs nucléaires ou mécaniques, dont les compétences seront mises à contribution. En effet et au delà des emplois créés en perspective, les centaines de marchés distribués à cette occasion constituent déjà un enjeu économique de premier ordre pour de nombreuses régions françaises.

Dans de nombreux pays, des travaux analogues à ceux du grand carénage ont été engagés pour prolonger l’exploitation des centrales nucléaires au-delà des délais initialement prévus. Les Etats-Unis, la Suisse, la Suède, la République tchèque, la Belgique ou encore la Grande-Bretagne ont déjà ouvert de vastes chantiers de rénovation et de modernisation de leurs aménagements nucléaires.

En France, le groupe EDF étudie depuis 2008 la faisabilité technique et économique du grand carénage. Un programme qui implique comme l’explique Dominique Minière, Directeur Délégué à la Production Ingénierie du groupe EDF et Président de la SFEN, “la rénovation, le remplacement de matériels, l’intégration des mesures post-Fukushima, et l’amélioration du niveau de sûreté des centrales nucléaires”.

Dans ce cadre et afin de permettre une prolongation d’exploitation de plusieurs décennies des sites nucléaires en France, la plupart des équipements majeurs de chaque réacteur seront remplacés comme le générateur de vapeur, les turbines, les transformateurs ou les échangeurs. En parallèle, l’ensemble des outils de gestion seront modernisés (contrôle de commande), et une vérification stricte de la cuve, de l’étanchéité du circuit primaire et du bâtiment réacteur sera réalisée en partenariat avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dont l’accord conditionnera l’avenir de chaque installation.

Autant d’améliorations qui nécessitent donc des investissements très importants de la part de l’énergéticien français. On parle ici de plus de 55 milliards d’euros d’ici 2025 dont 10 milliards seront consacrés au déploiement des modifications post-Fukushima, 20 milliards pour financer les arrêts de tranches et les visites décennales effectuées par l’ASN, 15 milliards pour la maintenance lourde des gros composants, et 10 milliards d’euros au titre d’autres projets patrimoniaux. Une manne financière considérable directement injectée dans l’industrie française et qui permettra de redynamiser des régions bien souvent en manque d’activités industrielles et de débouchés professionnels pour leur population.

En Haute-Normandie par exemple, où la centrale de Paluel vient tout juste d’engager sa troisième visite décennale, le lancement mi mai du premier chantier grand carénage sur un réacteur de 1.300 MW, le réacteur n°2, et les chantiers qui suivront jusqu’en 2018 sur les trois autres réacteurs du site, auront des effets forcement bénéfiques pour l’emploi mais également pour l’économie locale. En effet, ce chantier sollicitera de nombreuses entreprises régionales et mobilisera lors des pics d’activité plus de 1.500 intervenants supplémentaires sur site (contre 2.200 en période régulière) pour des périodes de plusieurs mois. Le site a été réaménagé pour recevoir ce personnel depuis plus de deux ans via des travaux d’agrandissements des capacités d’accueil (vestiaires, cantines, parkings). Au total, près de 32 millions d’euros ont été investis par l’exploitant pour préparer le terrain, offrant ainsi de nombreux contrats aux sous-traitants locaux. L’afflux régulier de plusieurs centaines d’intervenants durant les années à venir profitera également aux structures touristiques locales qui verront leur fréquentation augmenter de manière significative (restaurants, hôtels, entreprises de loisirs).

A l’échelle nationale, le grand carénage devrait générer selon les prévisions environ 110.000 embauches (60% nettes et 40% de remplacement) chez EDF bien sûr mais surtout chez les centaines de PME et TPI des industries nucléaire et mécanique françaises partenaires des centrales au niveau local.

Déjà un commentaire sur cet article

  1. Association MZC
    Conditions de travail et de vie des salariés sous-traitants du nucléaire http://www.ma-zone-controlee.com/
    Changeons,réinventons et partageons le temps de travail
    NOUS AVONS TOUS A Y GAGNER

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