L’Ukraine renforce sa coopération nucléaire avec l’Américain Westinghouse

 

centrale-nucleaire-ukraine-Le gouvernement ukrainien a annoncé le jeudi 4 août dernier avoir signé un nouvel accord de collaboration dans le domaine du nucléaire civil avec le groupe américain Westinghouse. Ce nouveau partenariat, centré sur la production et l’approvisionnement de combustible nucléaire, dénote la volonté du gouvernent de diversifier ses sources d’approvisionnement et de réduire ainsi sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. Tout en se fournissant en électricité bas carbone, stable et abordable.

Présent en Ukraine depuis plusieurs années, le groupe américain Westinghouse profite des tensions croissantes entre Moscou et Kiev pour renforcer et pérenniser son partenariat avec le gouvernement ukrainien. Ces deux parties se sont en effet entendues au début du mois sur un nouvel accord de coopération prévoyant la construction en Ukraine d’une usine de production de combustible et l’approvisionnement de centrales nucléaires ukrainiennes. “Nous nous sommes mis d’accord sur la construction d’une usine de combustible nucléaire sur le territoire ukrainien”, a déclaré le ministre ukrainien de l’Energie Igor Nasalik, lors d’une conférence de presse à Kiev.

Le leader américain du nucléaire, filiale du japonais Toshiba, et Energoatom, la compagnie nationale de production d’énergie nucléaire ukrainienne, collaborent déjà depuis mars 2008 pour la fourniture d’assemblages d’uranium enrichi, et ont annoncé en 2014 avoir prolongé cet accord de coopération jusqu’en 2020. Ce nouveau contrat n’a donc rien de surprenant venant de ces deux partenaires et parait même plutôt logique au regard des ambitions d’indépendance énergétique exprimées par Kiev.

Pour rappel, l’Ukraine reste toujours très dépendante de la Russie en matière énergétique, alors que les relations entre les deux voisins sont au plus bas depuis l’annexion de la Crimée par Moscou en mars 2014. La Russie fournit actuellement près de 95 % du combustible nucléaire pour les centrales ukrainiennes, et le gouvernement de Kiev ne cache plus sa volonté de diversifier ses sources d’approvisionnement pour se sortir de l’étau russe.

Réduire la mainmise russe

L’accord passé avec Westinghouse s’inscrit donc dans une stratégie d’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, et constitue un message clair envoyé aux autorités russes et à la société TVEL, qui fournit habituellement les barres de combustible. L’Ukraine prévoit de remplacer dans ce cadre 25 % des barres de combustible de fabrication russe, tout en garantissant des conditions d’exploitation optimales en termes de sécurité et de sûreté.

En effet, contrairement aux allégations du site Sputnik, qui manque clairement d’objectivité dès que les intérêts de la Russie sont en jeu, la question de la sécurité des installations ukrainiennes a fait l’objet de contrôles renforcés depuis les années 1980, et la catastrophe de Tchernobyl semble bien loin. Les combustibles fournis par Westinghouse ont été corrigés et adaptés aux réacteurs de fabrication soviétique, et le groupe américain peut désormais “produire des cartouches pour les blocs de conception russe tout comme Rosatom est capable de produire du combustible pour les réacteurs conçus en Occident”, explique le magazine américain Forbes.

D’autre part, si les prix du producteur américain sont effectivement plus élevés que ceux du producteur russe, l’Ukraine, à l’instar d’autres pays de l’Est, semble prête aujourd’hui à payer le prix qu’il faudra pour réduire la mainmise de la Russie sur sa production énergétique et garantir ainsi l’avenir de sa filière nucléaire.

Une filière nucléaire d’avenir à l’Est

Selon ce qu’a laissé entendre Igor Nasalik, le partenariat avec Westinghouse pourrait même être amené à évoluer à la hausse en cas de besoin. L’Ukraine exploite actuellement quinze réacteurs nucléaires pour une production équivalente à 50 % de ses besoins en électricité, et compte sur l’atome pour garantir son approvisionnement énergétique futur et répondre dans le même temps aux nouvelles exigences environnementales et climatiques.

Les pays d’Europe de l’Est sont de manière générale très favorables à l’énergie nucléaire, à la fois stable, décarbonée et bon marché, et laissent espérer aux grands groupes internationaux de bonnes perspectives de développement sur le Vieux continent. L’Ukraine ne déroge pas à la règle mais devrait logiquement exclure de manière progressive la Russie et l’agence Rosatom de ses plans de développement.

 

Crédits photo : EnergoAtom

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