Quand les professeurs se familiarisent avec le monde de l’entreprise

L’orientation future des élèves du secondaire est une problématique récurrente des différents gouvernements. Et sans doute, l’une des plus délicates. Selon une étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire menée en 2018, un jeune sur deux déclare ne pas avoir été bien accompagné par son établissement dans son projet d’orientation. Un jeune sur cinq estime même qu’il n’a pas eu le choix de son orientation.

« En France, l’orientation dépend du passé scolaire de l’élève alors que, dans d’autres pays, elle est d’abord tournée vers son projet professionnel. Du coup, l’orientation des élèves est plus contrainte et plus socialement marquée », explique Yves Dutercq, sociologue au Centre de recherche sur l’éducation de Nantes.

Et pour accompagner davantage les élèves dans la construction de leur projet professionnel, les pouvoirs publics ont fait de la sensibilisation accrue des professeurs aux réalités du marché du travail et du monde de l’entreprise un enjeu majeur.

Orienter dès le collège

Si les textes réglementaires reconnaissent le rôle central de l’enseignant dans l’élaboration du projet d’orientation des élèves, cette mission de conseil reste encore très largement confiée aux quelques 4 500 conseillers d’orientation chargés d’accompagner les élèves des collèges et lycées français. Actuellement, on dénombre environ un conseiller d’orientation pour 1 500 élèves. Dans certaines académies particulièrement mal loties, on n’en compte qu’un seul pour 1 800.

Sous l’impulsion de la réforme des lycées menée en 2017, les professeurs sont désormais invités à jouer un rôle plus grand dans l’orientation de leurs élèves. C’est la raison pour laquelle les classes de terminale se sont vu adjoindre un second professeur principal et que des tutorats et des heures d’accompagnement personnalisées, jusqu’alors dévolus à des professeurs volontaires, ont été généralisées. Selon Gwenaël Surel, secrétaire nationale du syndicat des personnels de direction, ces nouvelles mesures ont « apporté beaucoup de souplesse » et permis « souvent d’offrir aux élèves trois ou quatre entretiens individuels par an ».  De même, la réforme a introduit 54 heures annuelles dédiées à la découverte du monde professionnel par les élèves avec, entre autres, des entretiens avec l’équipe pédagogique pour mieux définir les besoins et attentes des lycéens. 

Enrichir le système éducatif 

Les pouvoirs publics tentent aussi de rapprocher professeurs et entreprises afin qu’ils soient mieux armés dans leur rôle de conseiller. Des dispositifs de coopération entre écoles et entreprises, encadrés par le ministère de l’Éducation Nationale, existent déjà. Par exemple, les stages CEFPEP permettent aux professeurs et aux personnels de l’éducation nationale de réaliser des stages courts et des visites au sein d’entreprises privées ou d’organismes publics. Des missions écoles-entreprises existent aussi dans certaines académies et la Direction Générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) dispose d’un service en charge des partenariats avec le monde professionnel.

Les initiatives viennent aussi de la mobilisation des professeurs. En 2013, partant du constat selon lequel les acteurs de l’enseignement et de l’entreprise ne communiquaient pas suffisamment, un collectif d’enseignants a fondé l’association Rencontres Entreprises Enseignants. Elle réunit des professeurs de diverses disciplines qui souhaitent développer leurs connaissances du monde professionnel. L’association organise des rencontres concrètes pour « associer les deux mondes » et « former des jeunes confiants en l’avenir et en leurs capacités ». Le collectif souhaite donner davantage de sens aux disciplines pour mieux préparer les élèves au monde de l’entreprise mais également les sensibiliser à l’entreprenariat. 

Le gouvernement peut aussi compter sur les entreprises. Selon les chiffres fournis par le baromètre Adecco, les difficultés de recrutement devraient rester prégnantes en 2020, notamment dans les secteurs de la construction, de la restauration et des transports. Nouer des liens avec le monde de l’éducation est donc précieux pour les entreprises qui ont de nombreux besoins en compétences. Le 4 juin dernier, Geoffroy Roux de Bézieux et Jean-Michel Blanquer renouvelaient ainsi la convention de coopération entre le ministère de l’Éducation nationale et le syndicat patronal afin de « favoriser l’accueil et l’immersion (…) des personnels de l’Éducation nationale dans les entreprises ». 

Dans cette optique, plusieurs grandes entreprises françaises sont engagées aux côtés de la Fondation CGénial, partenaire du ministère de l’Éducation, et dédiée à la promotion des sciences et technologies. La Fondation organise régulièrement des visites d’entreprises pour les professeurs. Parmi les entreprises accueillantes, on trouve notamment l’industriel Safran, la multinationale d’informatique IBM ou encore l’électricien EDF. « Le Groupe EDF est partenaire de la Fondation CGénial et s’implique activement dans l’action Professeur en entreprise. Quoi de plus parlant pour les enseignants qu’une immersion d’une journée en entreprise aux côtés de nos collaborateurs ? » souligne Christophe Carval, directeur des ressources humaines chez EDF. L’électricien, qui s’apprête à recruter près de 3 000 stagiaires en 2020, a accueilli plus de 250 professeurs sur ses sites en 2019.

Avec la Fondation CGénial, la science et l’entreprise font école

Des initiatives similaires se multiplient dans toutes les régions, en lien avec des entreprises locales, qui ont de nombreux postes à pourvoir, mais peinent souvent à trouver des candidats. L’industrie figure en première ligne des secteurs impliqués. En Bretagne, à l’initiative de la Fondation, une dizaine de professeurs de lycées et de collèges ont visité l’entreprise industrielle Guelt. De quoi les sensibiliser aux métiers qui recrutent, comme le souligne Christian Le Mentec, référent breton de la Fondation CGénial : « L’idée est de permettre aux professeurs de visiter des entreprises et industries liées aux domaines de la robotique, du numérique ou de l’électronique. Ils informent ensuite les élèves sur les débouchés. 17 entreprises bretonnes ont ouvert leurs portes ». 

En Haute-Savoie, une initiative similaire a été proposée en mars dernier. La Fondation CGénial a organisé une visite d’une journée dans une usine de l’équipementier NIN-SNR pour douze professeurs de collège et lycée. Une façon de se familiariser aux métiers industriels, aux attentes des recruteurs et ainsi d’être en capacité d’aiguiller les élèves dans leurs choix professionnels futurs.
 

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