Musique/numérique : “un monde finit par nourrir l’autre” (Zelnik)


Dans une interview au site TheMediashaker, Patrick Zelnik, fondateur du label indépendant Naïve et rédacteur d’un rapport sur la “Création et Internet”, regrette le retard pris par le secteur de l’industrie musicale, “sur la défensive” face au numérique. Il se veut toutefois optimiste quant à la survie d’un secteur qui doit apprendre à co-exister dans son nouvel environnement digital.

Dans un entretien paru la semaine dernière sur le site de débat animé par Vivendi
TheMediaShaker, Patrick Zelnik revient sur la “révolution numérique” qui a “bousculé” la musique en asséchant ses sources de revenus et en rendant obsolète son modèle économique.

Le producteur regrette notamment que l’industrie musicale “n’a pas su intégrer les nouvelles technologies dans ses business models et dans sa manière de voir le monde“. Une erreur qui remonterait selon lui notamment au virage du peer-to-peer (téléchargement de contenus numérique d’un ordinateur à un autre), à côté duquel sont totalement passés les professionnels du secteur musical.

Il est impossible d’être défavorable aux nouvelles technologies

L’industrie s’est positionnée sur la défensive (…) alors qu’il est impossible d’être défavorable aux nouvelles technologies“, assure aujourd’hui cette figure de la production musicale indépendante française pour qui la priorité devrait être “d’accompagner les changements afin d’éviter la destruction du monde réel”.

Tous ceux qui ont estimé qu’on allait vers une substitution d’un monde au profit d’un autre se sont toujours trompés. La télévision n’a, par exemple, pas tué le cinéma. Au contraire, un monde finit par nourrir l’autre“, précise-t-il avant de détailler les évolutions à suivre pour embrasser la révolution numérique.

Une adaptation qui passe notamment par une indispensable régulation du secteur pour limiter les effets du piratage, que le producteur appelle des “règles du jeu”, mais aussi et surtout par une diversification accrue des activités et un basculement progressif vers le numérique.

Les producteurs doivent s’unir face aux géants du Web

Mais ces évolutions risquent d’être vaines sans modification du rapport de force entre producteurs de contenus (musique, films, livres,…) et géants du Web (notamment Google). Patrick Zelnik réclame donc une union des industries du contenu (majors et indépendants) “pour devenir des interlocuteurs crédibles et suffisamment forts face aux géants de l’internet… car Internet a besoin d’eux“, assure-t-il avant d’affirmer que la question de “l’alimentation (en contenus) d’Internet” va devenir une problématique centrale dans les années à venir.

Globalement, Patrick Zelnik demeure persuadé que le numérique constitue une opportunité pour les créateurs même s’ils peinent encore à la saisir car selon lui l’accès à la culture par le numérique rend universel tout contenu produit.

Quand le secteur du disque marchait bien, on donnait un disque d’or pour 100 000 disques vendus en France. C’est quoi 100 000 albums dans un pays de 60 millions d’habitants ! Là avec le téléphone, on va changer d’échelle avec un marché qui peut potentiellement être multiplié par 100, par 1000 !“, conclut-il.

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