Ouverture le dimanche, heures supplémentaires défiscalisées : le gouvernement face à l’économie française

sephora_photoChamp-Elysées_photoMarkVitulloLe gouvernement Ayrault est dans la tourmente. Arrivée au pouvoir avec pour objectif de supprimer toutes les mesures mises en place par Nicolas Sarkozy, l’équipe de François Hollande ne sait plus à quel saint se vouer pour sauver l’économie française de la crise profonde dans laquelle elle est enlisée. Après 16 mois aux commandes, des voix s’élèvent à gauche pour dénoncer un manichéisme qui n’apporte que peu de solutions et la polémique sur l’ouverture des magasins le dimanche vient renforcer un malaise croissant au sein du Parti socialiste et de la société française. 

Les derniers jours ont été marqués par une polémique qui illustre des tensions croissantes au sein de l’actuelle majorité. Comment conduire la politique économique et avec quelles règles ? Alors que le pays est souvent moqué pour son manque de compétitivité (parfois justement, mais aussi injustement), les dernières décisions de justice viennent mettre des bâtons dans les roues du monde de l’entreprise et de l’entrepreneuriat. Des décisions de justice qui interdisent l’ouverture des magasins de bricolage le dimanche ou l’impossibilité pour le magasin Sephora des Champs-Élysées de rester ouvert après 21 h passent mal dans le pays.

Une position gouvernementale peu lisible sur la question du travail dominical 

L’extrême gauche appelle au repos dominical alors que le reste de la classe politique est plutôt favorable à des ouvertures à des horaires et jours « décalés » pour répondre à une demande réelle et permettre à l’emploi de se développer ou tout du moins d’être préservé. Le gouvernement ne souhaite pas trop se mouiller même si tous les acteurs économiques et politiques lui demandent de se prononcer clairement. Les lignes commencent toutefois à bouger. Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, a déclaré au micro d’Europe 1 qu’« il y a des villes, des régions qui sont dans une situation particulière et le problème est assez périmétré ». Il faudrait comprendre par là que le travail dominical est possible tout en ne devant pas être généralisé.

La ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme, Sylvia Pinel, a entamé un processus de concertation pour tenter de mettre fin à la cacophonie ambiante. Car malgré les décisions de justice, 14 magasins de bricolage en Ile-de-France refusent de se plier à une législation jugée absurde et destructrice de richesse. Castorama et Leroy Merlin préfèrent payer une astreinte de 120 000 euros par magasin ouvert le dimanche plutôt que de faire une croix sur 25 % de leur chiffre d’affaires. Une réflexion qui s’appuie sur une réalité économique, laquelle semble encore échapper à une partie d’un gouvernement divisé.

L’emploi comme enjeu du travail le dimanche 

Si l’extrême gauche s’offusque de l’ouverture dominicale, le reste de la classe politique est disposé à écouter les arguments des uns et des autres. Les pressions politiques, mais aussi celles venant directement des salariés vont peut-être obliger l’exécutif à lâcher du lest sur la doctrine et à répondre aux exigences d’une minorité encore silencieuse. La question des heures supplémentaires défiscalisée revient régulièrement sur la table et même s’il est difficile pour le gouvernement de revenir en arrière sur cette suppression qui a fait grand bruit, la réalité économique se charge de rattraper les ministres.

Il se tramerait à Bercy, dans un secret relatif, la mise en place de mesures permettant aux salariés les moins bien rémunérés de bénéficier d’heures supplémentaires défiscalisées. Une mesure en faveur du pouvoir d’achat, leitmotiv de l’équipe en place qui ne doit pas faire penser à une reprise de la politique économique de Sarkozy. Nombreux sont pourtant ceux qui voudraient un retour non atrophié de cette mesure. À droite bien sûr, mais aussi une partie de la gauche qui n’ose pas l’affirmer encore très fort.

Si un groupe comme Génération entreprise-Entrepreneurs associés (GEEA) fondé par Olivier Dassault est favorable à la défiscalisation des heures supplémentaires, c’est aussi le cas du porte-parole du Parti socialiste en personne, Thierry Mandon, qui souhaite un nouveau virage à 180° sur cette question. Les lignes sont donc mouvantes et la situation économique de la France devrait achever de convaincre les parlementaires que le temps d’insuffler une nouvelle politique économique est venu. Oui, mais entre le temps politique et le temps économique il existe souvent un grand décalage qui se fait au détriment des salariés et de la croissance.

 

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