Cigarette électronique : santé vs. économie

directive-tabac-parlement-européenEtudiée par le Parlement européen le 8 octobre, la directive-tabac a de quoi profondément modifier la réglementation. Extrêmement actifs, les lobbies de l’industrie du tabac sont sur le pied de guerre pour vider le texte de sa substance. Au cœur des débats : le sort de la cigarette électronique. Les eurodéputés pourraient réserver sa commercialisation aux pharmacies.

 

Bruxelles à l’école du lobbying

Les tractations doivent arriver à leur terme aujourd’hui, mardi 8 octobre. La directive-tabac, qui date de 2001, doit être révisée par le Parlement européen afin d’incorporer les nouvelles normes sanitaires et de prévention concernant ces produits. Le 10 septembre dernier, les députés européens auraient déjà dû se prononcer sur la question, mais le Parti populaire européen et les conservateurs eurosceptiques avaient demandé un report.

De fait, l’examen de ce texte a suscité un nombre impressionnant d’amendements, fruit d’un intense travail de lobbying. Extrêmement puissants et dotés d’un budget minimal de 5,3 millions d’euros, les lobbies au service de l’industrie du tabac ont réussi à obtenir l’attention d’un grand nombre d’eurodéputés, y compris de ceux n’intervenant jamais sur les affaires de santé. « On peut deviner que les amendements sont des instruments d’une pression intense avec des arguments de poids économique », analyse Frédérique Ries, députée européenne belge du parti libéral.

Parmi les mesures contre lesquelles l’industrie du tabac a mobilisé son influence figurent les avertissements sanitaires sur 75% de la surface des paquets, l’interdiction des cigarettes slim ou encore l’interdiction de certains arômes comme le menthol. En plus de l’encadrement plus strict des produits du tabac traditionnels, les cigarettiers s’opposent également à la possibilité de réserver la vente des cigarettes électroniques aux seules pharmacies.

L’avenir de la cigarette électronique en jeu

De plus en plus prisées, les e-cigarettes font en effet l’objet de nombreuses lois en Europe. En France, la ministre de la Santé Marisol Touraine a interdit la vente aux mineurs et l’interdiction de vapoter dans les lieux publics devrait suivre. Le débat porte aujourd’hui sur ses effets positifs sur la santé. Aide au sevrage de la gestuelle tabagique, voire substitut nicotinique, les discussions sont vives concernant les possibles vertus de la cigarette électronique.

Marché en pleine expansion, les boutiques vendant les e-cigarettes prolifèrent et les vapoteurs se comptent désormais en millions. L’encadrement de l’activité apparaît donc nécessaire, d’autant qu’il s’agit d’un produit sensible et que l’industrie du tabac ne tardera pas davantage à essayer de s’en emparer. Naturellement, les fabricants de tabac sont opposés à ce que la cigarette électronique obtienne le statut de médicament et soit vendue en pharmacie. Ces derniers ne sont d’ailleurs certainement pas étrangers à la forte mobilisation en faveur de la vente libre des e-cigarettes.

« L’arrivée de Big Tobacco dans cet univers ne peut qu’inquiéter quand on connaît la façon dont, par le passé, les industriels du tabac ont su organiser le détournement de la préoccupation citoyenne au profit de la défense de leurs intérêts », explique le rapport d’experts sur la e-cigarette de l’Office français de prévention du tabagisme.

Par conséquent, peut-être serait-il sage de confier aux professionnels de santé la commercialisation des cigarettes électroniques. Les abus d’une industrie aux méthodes notoirement contestables seraient ainsi tués dans l’œuf. De plus, cela permettrait d’offrir un service de conseil qualifié aux personnes souhaitant vapoter, notamment concernant les modèles contenant de fortes doses de nicotines ou des substances dont les effets sont potentiellement nocifs. Cette position est d’ailleurs défendue par les producteurs de certaines marques de cigarettes électroniques comme Tag Replay du laboratoire Visiomed, EdSylver ou encore Neo, au même titre que les substituts nicotiniques.

La suppression des boutiques spécialisées dans la vente de cigarettes électroniques, qui représentent un chiffre d’affaires annuel d’environ 40 millions d’euros, serait donc justifiée par la protection de la santé. Ce produit populaire et infiniment moins dangereux que la cigarette pour la santé pourrait en effet être perverti et éloigné de sa fonction première si une industrie mal intentionnée et puissante a les moyens d’intervenir.

Déjà 2 commentaires sur cet article

  1. Benji dit :

    C’est fait, c’est enfin clair la cigarette électronique n’est pas un médicament : http://www.absolut-vapor.com/addiction-tabac/cigarette-electronique-medicament-europe/

    C’était assez logique puisque les fumeurs ne sont pas des malades.

  2. Effectivement c’est une bonne chose de ne pas la classifier médicament.
    De nombreux fumeurs ont arrêté de fumer avec la cigarette électronique, par contre cela ne veut pas dire qu’ils n’ont plus d’addiction à la nicotine.
    On peut tout de même être rassuré car la nicotine n’engendre aucune des maladies graves liées à la cigarette conventionnelle.
    Cette disposition est tout bénéfice pour le consommateur. Le marché ne sera pas un marché étriqué et donc la concurrence va faire baisser les prix et de surcroît il n’y aura pas de coup de frein à l’ouverture des boutiques et à l’approvisionnement des buralistes.

Laisser un commentaire