Hongrie : Péter Magyar espère débloquer plusieurs fonds de l’UE
Péter Magyar et son parti Tisza ont remporté dimanche les élections législatives hongroises face à Viktor Orbán, qui régnait sur le pays depuis 16 ans. Aussitôt élu, le nouveau Premier a promis de réparer la relation de Budapest avec Bruxelles, après que son prédécesseur se soit fortement rapproché de Moscou. Il espère ainsi pouvoir débloquer plusieurs fonds de l’UE promis à son pays.
Dimanche 12 avril, Péter Magyar et son parti pro-européen Tisza ont remporté les législatives hongroises en obtenant environ 53 % des suffrages exprimés et 138 sièges au Parlement, contre environ 39% des voix et 55 sièges pour le Premier ministre sortant Viktor Orbán et son parti Fidesz, au pouvoir depuis 16 ans. Cette victoire rapproche Budapest de Bruxelles et l’éloigne de Moscou.
Péter Magyar « est très clairement sur la voie européenne »
Ursula von der Leyen a déclaré lundi que l’Europe est désormais « hongroise, sans aucun doute » et que « le peuple hongrois s’est exprimé et a repris le chemin de l’UE ». « C’est une victoire pour les libertés fondamentales », a-t-elle renchéri. Visiblement enthousiasmée, la présidente de la Commission européenne se lance tout de go : « Vous pouvez déjà voir qu’il [Péter Magyar] est très clairement sur la voie européenne », alors même que le nouveau Premier ministre appartenait au même sérail que Viktor Orbán jusqu’en 2024…
Prudence ? La dirigeante allemande se veut confiante et n’a pas le temps de réfléchir. « Il y a beaucoup de travail à faire, car la Hongrie revient sur le chemin de l’Europe », a déclaré Ursula von der Leyen. C’est pourquoi « nous allons nous mettre au travail avec le nouveau gouvernement aussi vite que possible », afin de « faire des progrès rapides et dus de longue date », a-t-elle ajouté.
La Hongrie devra montrer pattes blanches pour rentrer en possession des aides européennes
Grâce à sa victoire, Péter Magyar souhaite régler les nombreux litiges opposant la Hongrie à l’Union européenne, qui a gelé des fonds promis au pays. Ces fonds s’élèvent à plus de 17 milliards d’euros. Pour les débloquer, le nouveau Premier ministre devra démontrer des progrès rapides dans la lutte contre la corruption, l’indépendance des juges et la liberté des médias, mais également couper le cordon ombilical avec la Russie. Il a déjà annoncé son intention de démanteler tout le système Orbán. Une tache titanesque. Le leader de Tisza souhaite également toucher aux 33 milliards d’euros, soit 15 % de son PIB (essentiellement sous forme de prêts), prévus par l’UE pour relancer l’économie hongroise anémiée.
La Hongrie ne s’opposera plus au prêt européen de 90 milliards d’euros en faveur de Kiev
En contrepartie, Péter Magyar doit poser des actes forts pour montrer sa bonne foi à Bruxelles. L’Europe attend de lui qu’il lance l’adhésion à l’euro de la Hongrie. Ce qui permettra de réduire le coût de la dette de Budapest. Il y a aussi la question ukrainienne. Au cours de sa conférence de presse dimanche soir, Péter Magyar a assuré que sous son gouvernement, la Hongrie ne s’opposerait plus au prêt européen de 90 milliards d’euros en faveur de Kiev.
Les 27 Etats de l’UE s’étaient accordés sur cette aide en décembre 2025. Mais Viktor Orbán, qui avait refusé d’y contribuer financièrement, a ensuite rétropédalé en début d’année. Depuis, son veto empêche l’Ukraine d’accéder au fonds. Cette décision a fait de lui la « brebis galeuse » de l’Union et le cheval de Troie de la Russie. Elle lui a certainement coûté des voix dimanche.
Péter Magyar opposé à l’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE
Budapest doit également valider, et cela rapidement, le 20e paquet de sanctions européennes à l’encontre de la Russie. Bien ficelé et prêt à être expédié à Moscou, ce paquet était bloqué par Viktor Orban depuis février, en soutien à son ami Poutine, à qui il aurait fait le briefing de nombreuses réunions de Bruxelles. Si Péter Magyar va faire tous ces cadeaux à l’UE, il ne devrait cependant pas bouger les lignes sur l’adhésion accélérée de l’Ukraine.
Le nouveau chef de l’exécutif hongrois a répété lundi qu’« il est totalement exclu que l’Union européenne admette un pays en guerre ». Sur ce point, il n’a pas tort, d’autant que l’Ukraine ne remplit pas toutes les conditions. Et puis, ce serait injuste pour d’autres pays qui patientent dans la file d’attente depuis de nombreuses années (Moldavie, Géorgie, Serbie, Monténégro, etc.).




