Privatisation de la FIFA : le projet de Gianni Infantino massivement rejeté
Après une Coupe du monde de tous les excès, la FIFA a annoncé son intention d’ouvrir la porte aux investisseurs privés via la création d’une société commerciale. Ce projet suscite une vive opposition dans le monde entier. Fédérations, responsables politiques et supporters dénoncent un risque accru de marchandisation du football. L’UEFA menace même de boycotter les prochaines éditions du Mondial.
Insatiable Gianni Infantino. Après avoir fait de la Coupe du monde en Amérique du nord une opération strictement commerciale, le président de la FIFA souhaite maintenant privatiser l’instance pour faire toujours plus d’argent. Le dirigeant helvético-italien a annoncé, mardi 28 juillet, vouloir créer une société afin de gérer les activités commerciales de la fédération internationale et attirer des investisseurs, tout en promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du football dans le monde. Parmi la liste des investisseurs intéressés figure le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, un grand copain d’Infantino.
Les investisseurs pourront prendre une participation de 20%
La société que veut créer le successeur de Sepp Blatter, la FIFA Forward Enterprise (FFE), sera chargée de gérer les activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) ainsi que les événementielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.). Elle invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, avec une participation extérieure initiale fixée aux alentours de 20%. La FIFA assure vouloir garder le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d’administration, ainsi que l’autorité exclusive sur la gouvernance du football, des compétitions, du calendrier et des décisions réglementaires.
La FIFA attend une réponse des fédérations avant le 19 septembre
Avec sa privatisation, la FIFA espère lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars. Elle promet à chacune des 211 fédérations membres une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et une dotation de 20 millions de dollars sur la période 2027-2030, au lieu de 8 millions actuellement. Gianni Infantino précise qu’il s’agit d’une « opportunité » et non d’une « obligation ». Le dirigeant sportif aurait fixé une date-butoir aux fédérations nationales pour soutenir son plan, jusqu’au 19 septembre. Pour les encourager, il aurait prévu de rétribuer chaque soutien par des subventions généreuses chiffrées à 40 millions de dollars.
L’UEFA menace de boycotter les prochaines Coupes du monde si la FIFA maintient son projet de privatisation
Quelles que soient les assurances de Gianni Infantino, ce projet lui vaut une volée de bois vert. L’UEFA, qui regroupe les fédérations européennes, a déclaré dans un communiqué que « ça franchit une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir ». L’institution européenne rappelle que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers ». Elle ajoute : « aucun d’entre nous n’est le propriétaire du football. Ce n’est pas à la FIFA de le vendre ». L’UEFA menace même de boycotter les prochaines Coupes du monde en cas de maintien du projet.
Une « attaque absolue contre le football » pour la DFB
De son côté, la fédération espagnole (RFEF) affirme que « les compétitions et les droits commerciaux de la FIFA ne sont pas le patrimoine personnel d’Infantino ». La fédération allemande (DFB), elle, dénonce une « attaque absolue contre le football ». Elle a rappelé le poids financier et footballistique de l’Europe, insinuant par là que la FIFA pouvait perdre gros si elle s’engageait dans un bras de fer avec l’UEFA. Quant à la fédération française de football (FFF), elle a exprimé ses inquiétudes face à un plan qui « soulève beaucoup d’interrogations ». Pour sa part, la fédération anglaise (FA) s’est dite « profondément préoccupée ».
« Pas touche à notre sport », prévient l’UE
En Europe, même l’UE est montée au créneau. « Pas touche à notre sport », a réagi Bruxelles par la voix du commissaire Glenn Micallef, qui estime que « la commercialisation effrénée du football était devenue nocive » sous Gianni Infantino. « Ce n’est pas du baseball », a t-il ajouté, au sujet de Coupe du monde de football. La Confédération de l’Amérique du Nord, de l’Amérique centrale et des Caraïbes de football (Concacaf) s’est aussi dite « profondément préoccupée par l’absence de toute procédure réglementaire ». Quant à la Confédération africaine de football (CAF), elle a annoncé « une réunion la semaine prochaine afin d’examiner et d’évaluer l’initiative proposée » par la FIFA. Sachant que son président Patrice Motsepe a toujours suivi Gianni Infantino, on s’attend à ce que cette fédération valide le projet ou évite de prendre une position officielle.
Un projet dans le cadre d’une réforme de la FIFA
La privatisation de la FIFA s’inscrit dans le cadre d’une réforme voulue par Gianni Infantino. Le patron de la fédération internationale a dit vouloir « libérer le potentiel commercial » de l’organisation, quitte à saboter ses fondations. Il a déjà augmenté le nombre de participants à la Coupe du monde. La récente édition nord-américaine a enregistré une formule à 48 équipes (contre 32 auparavant) pour 104 matches. Elle a également été marquée par des pauses fraîcheurs (ou plutôt pauses pub) de trois minutes et un mini-concert de 30 minutes à la mi-temps de la finale. À présent, Gianni Infantino veut passer à 64 équipes en 2030. On imagine qu’il finira par faire une Coupe du monde à 210 nations s’il reste en place. Et peut-être exigera-t-il que les pays paient leur participation au Mondial…




