Russie : l’économie russe va-t-elle si mal que ça ?

Russie : l’économie russe va-t-elle si mal que ça ?

Alors que le PIB de la Russie s’est contracté de 0,2% au premier trimestre 2026, Vladimir Poutine a prétendu au Forum d’investissement de Saint-Pétersbourg que le pays ne va pas si mal que le pensent les économistes occidentaux. Il vante même sa « souveraineté » et ses partenariats solides avec le sud global. Qu’en est-il réellement de l’économie russe ? 

Le Forum économique de Saint-Pétersbourg, une sorte de Davos russe, a eu lieu du mercredi 3 au vendredi 5 juin. Il n’y avait pas grand monde à ce rendez-vous de l’investissement. Seuls deux chefs d’Etat ont fait le déplacement : le président d’Ouzbékistan et la présidente de la Tanzanie. On a toutefois noté la présence d’une délégation américaine, la première en dix ans, et d’entreprises allemandes.

La Russie ne va pas mal comme le prétendent les économistes occidentaux, dixit Vladimir Poutine

A l’occasion de ce forum dans sa ville natale, Vladimir Poutine a livré un bref diagnostic de son économie. Le président russe a minimisé les difficultés économiques auxquelles fait face son pays. S’il a reconnu un léger ralentissement de l’activité économique nationale, le maître du Kremlin soutient que tout ne va pas mal, comme le prétendent les économistes occidentaux.

« Nous entendons les critiques. De toutes parts, on nous dit que tout va mal chez nous (…). Oui, la dynamique économique est actuellement modérée », mais « dans un contexte tendu et difficile, la Russie continue de renforcer sa souveraineté (…) en élargissant son cercle de partenaires » au sein des BRICS et du sud global, a laissé entendre le chef d’Etat russe. Quel crédit donner à sa déclaration ?

L’Occident frappe au portefeuille de la Russie

On sait que Vladimir Poutine a l’habitude d’adoucir la dure réalité de son pays pour ne pas prêter le flanc aux rivaux européens et américains. Alors quel est l’état réel de l’économie russe ? A vrai dire, l’économie russe a pris un coup depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et la mise en place de multiples sanctions occidentales. Celles-ci touchent notamment aux hydrocarbures, sa principale source de devises.

Le secteur énergétique russe est également la cible fréquente des drones ukrainiens, qui frappent des centrales, raffineries et dépôts de carburants. Le pays subit ainsi des pertes significatives, qui rejaillissent sur ses indicateurs économiques. Son PIB s’est contracté de 0,2% au cours des trois premiers mois de 2026, la première baisse trimestrielle en trois ans. Quant à son déficit budgétaire, il a atteint 80 milliards de dollars, soit l’équivalent de 2,5% du PIB annuel.

Les entreprises russes au bord de l’asphyxie

Aussi, la Russie fait face à une inflation élevée (autour de 5,6%), des coûts d’emprunt prohibitifs et des pénuries de main-d’œuvre, qui placent ses entreprises dans une situation délicate. La pression fiscale qui pèse sur les PME russes s’est d’ailleurs considérablement accrue suite à une nouvelle réforme abaissant à 20 millions de roubles de chiffre d’affaires le seuil à partir duquel elles deviennent redevables de la TVA. Les représentants du secteur estiment que le gouvernement aurait dû s’arrêter à 30 millions de roubles. Pour éviter la faillite, de nombreuses entreprises sont obligées de réduire leurs effectifs ou de surseoir aux recrutements.

Moscou se frotte les mains face à la hausse du prix du baril, liée au conflit dans le détroit d’Ormuz

Il ne s’agit là que de quelques problèmes de l’économie russe. Même si d’autres économies rencontrent des difficultés similaires, les perspectives diffèrent. Moscou peut cependant compter sur la hausse du prix du baril pour faire des marges. Avec un prix ayant évolué entre 90 et 100 dollars, les gains budgétaires potentiels sont considérables.

D’après plusieurs estimations, la Russie pourrait enregistrer un surplus de 70 milliards de dollars au moins si les cours se maintiennent durablement à ces niveaux. De quoi permettre au Kremlin de reconstituer une partie des réserves perdues et de stopper l’érosion de son fonds souverain de 156 milliards d’euros. On comprend pourquoi Poutine ne s’implique pas beaucoup dans la résolution du conflit dans le détroit d’Ormuz…

Pendant combien de temps encore la Russie tiendra-t-elle ?

Par ailleurs, la Russie reste l’un des pays développés les moins endettés au monde, la dette représentant environ 16% du PIB. Et elle peut toujours toucher à l’épargne des ménages russes (850 milliards d’euros), même si ça sera plus compliqué. Etant une économie entièrement contrôlée par l’Etat et basée sur les hydrocarbures, la Russie continuera de tenir tant qu’elle a des clients pour lui payer son pétrole et son gaz.

C’est également une économie de guerre, qui ne dépense donc pas comme les autres. Cependant, combien de temps encore va-t-elle fonctionner de la sorte ? Pour de nombreux économistes, il semble que le système arrive à bout de souffle. Si la guerre se poursuit en Ukraine, pendant quelques années encore, Poutine risque d’avoir de gros problèmes avec ses concitoyens.