Financement du terrorisme : Lafarge fait appel de sa condamnation

Financement du terrorisme : Lafarge fait appel de sa condamnation

Le cimentier Lafarge a fait appel mardi de sa condamnation pour financement du terrorisme en Syrie en 2013 et 2014. Mi-avril, il a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Paris d’avoir versé, dans la période susmentionnée, près de 5,6 millions d’euros à des groupes jihadistes armés, afin de permettre la poursuite de l’activité d’une cimenterie située à Jalabiya, dans le nord du pays. Ce paiement est perçu comme de la lâcheté par les juges.

Lafarge et ses ex employés comptent aller jusqu’au bout de la procédure judiciaire. Mardi 28 avril, le cimentier ainsi que les huit autres personnes mises en cause dans l’affaire du financement du terrorisme en Syrie en 2013 et 2014 ont interjeté appel de leur condamnation. Le 13 avril dernier, ils ont tous été reconnus coupables par le tribunal correctionnel de Paris d’avoir versé dans la période mentionnée près de 5,6 millions d’euros à des groupes terroristes afin de maintenir l’activité d’une cimenterie à Jalabiya, dans le nord du pays.

Lafarge a financé indirectement des attentats terroristes de l’EI

Selon l’acte d’accusation, les paiements comprenaient quelque 800 000 euros (872 000 dollars américains) destinés à garantir le passage en toute sécurité des travailleurs, ainsi que 1,6 million d’euros (2,62 millions de dollars américains) pour l’achat de matières premières dans des carrières sous le contrôle de l’État islamique (EI). Cet argent aurait permis à l’organisation terroriste de préparer des attentats meurtriers, comme l’attaque contre l’hebdomadaire français Charlie Hebdo en janvier 2015.

L’usine de ciment de Jalabiya a été acquise par Lafarge en 2008 pour 680 millions de dollars. Elle a commencé à produire en 2010, quelques mois seulement avant le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011, suite à une révolte populaire contre le dictateur Bachar el-Assad. Moins de cinq ans plus tard, en juillet 2015, le groupe français a fusionné avec son concurrent suisse Holcim.

L’ex PDG Bruno Lafont condamné à une peine de six ans d’emprisonnement

Déplorant que Lafarge soit « prête à toutes les compromissions avec des organisations terroristes » pour sauver ses activités, les juges parisiens ont condamné en première instance la société à s’acquitter de l’amende maximale encourue de 1,125 million d’euros, ainsi qu’à payer, avec quatre de ses ex-cadres, une amende douanière de 4,57 millions d’euros pour le non-respect des sanctions financières internationales. À l’encontre de son ex PDG Bruno Lafont, qu’ils accusent de « mauvaise foi » et de « lâcheté », les magistrats ont prononcé une peine de six ans d’emprisonnement assortie d’un mandat de dépôt.

La condamnation de Lafarge servira d’avertissement à toutes les multinationales opérant dans des zones de conflit

Constituées parties civiles, les ONG Sherpa et ECCHR, qui représentaient notamment les familles des ouvriers syriens de Lafarge tués ou disparus, avaient salué le jugement de première instance comme une « victoire majeure pour la lutte contre l’impunité des multinationales impliquées dans des violations graves des droits humains ».

Les organisations ont parlé d’une décision historique car c’est la première fois qu’une entreprise est condamnée pour financement du terrorisme. Cette condamnation servira d’exemple à toutes les sociétés opérant dans des zones de conflit. Elles ne pourront plus prétendre s’être simplement adaptées à un contexte local difficile si leurs paiements profitent à des groupes armés terroristes ou à des entités sanctionnées.