Le Portugal veut se doter d’un fonds souverain pour investir dans les secteurs stratégiques

Le Portugal veut se doter d’un fonds souverain pour investir dans les secteurs stratégiques

Le Portugal a annoncé, le dimanche 21 juin, son intention de créer un fonds souverain. Grâce à ce véhicule d’investissement financier, le pays espère prendre des participations dans des entreprises jugées stratégiques, notamment dans l’énergie, les télécommunications ou les infrastructures. Lisbonne n’a toutefois pas donné de calendrier de mise en œuvre, ni d’indication sur la taille du fonds ou ses modalités de financement. Cette initiative s’inscrit néanmoins dans une tendance européenne de création de fonds souverains.

Le Portugal souhaite se doter d’un nouvel outil d’investissement public. Le dimanche 21 juin, son Premier ministre de centre droit, Luis Montenegro, a annoncé l’intention de Lisbonne de créer un fonds souverain. Celui-ci doit permettre à l’État portugais de prendre des participations dans des entreprises considérées comme stratégiques pour l’économie nationale, comme l’énergie, les télécommunications, les banques ou les infrastructures aéroportuaires.

Les modalités de capitalisation et de gouvernance restent à définir

Luis Montenegro a déclaré que le fonds pourrait également servir d’instrument d’épargne capable de créer de la valeur à long terme pour les générations futures. Il n’a toutefois donné ni calendrier de mise en œuvre, ni indication sur la taille du fonds ou ses modes de financement. Si les modalités de capitalisation et de gouvernance restent à définir, on sait cependant que cette proposition marque un tournant important dans la politique économique du Portugal, qui vise la résilience nationale et l’autonomie stratégique.

Qu’est-ce qu’un fonds souverain ?

Pour rappel, les fonds souverains sont des véhicules d’investissement gérés par les Etats. Ils servent généralement à piloter des actifs publics en vue de générer des rendements sur le long terme. Les gouvernements les financent pour une grande partie via des recettes exceptionnelles, des excédents budgétaires ou des revenus tirés de ressources naturelles. Mais ces fonds n’enchantent pas tout le monde.

Au Portugal, leur annonce divise la population. Une partie des citoyens pense qu’un fonds souverain pourrait offrir une plus grande flexibilité lors de futurs chocs économiques, mais également réduire la vulnérabilité aux prises de contrôle étrangères des infrastructures critiques et permettre au pays de participer plus activement aux industries à fort potentiel, notamment les technologies de transition énergétique et les infrastructures numériques.

Des citoyens portugais doutent de la capacité de leur pays à pouvoir gérer un tel véhicule d’investissements

Cependant, une autre partie des Portugais rappelle l’histoire contrastée de leur pays en matière de propriété publique, en particulier les difficultés financières liées aux interventions concernant la compagnie aérienne nationale TAP, arguant que les investissements publics n’ont pas toujours généré de solides retours économiques.

Ces citoyens se demandent aussi si un tel instrument d’investissement peut fonctionner indépendamment de toute influence politique, sans garanties robustes de transparence, de gouvernance et de responsabilité. En outre, ils notent que, contrairement à la Norvège, le Portugal ne dispose ni de pétrole, ni de gaz naturel, ni d’excédents budgétaires permanents. C’est pourquoi, le capital-risque demeure rare dans ce pays, voire exceptionnel.

Le Portugal n’est pas le seul pays européen à vouloir créer un fonds souverain

Par conséquent, les critiques appellent à mener une profonde réflexion sur la gestion de ce fonds et ses priorités. Aussi, ils espèrent que le gouvernement ne va pas ignorer les secteurs où la croissance se concentrera dans les décennies à venir, à savoir l’intelligence artificielle, l’énergie, l’informatique avancée, la biotechnologie et la défense.

Si les Portugais se posent des questions sur le fonds souverain annoncé par leurs dirigeants, il faut souligner que cette initiative n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large observé en Europe. L’Espagne, notamment, a indiqué en janvier dernier qu’elle créera un fonds souverain destiné à soutenir des secteurs jugés stratégiques, comme le logement ou la sécurité nationale.