Brésil : une élection présidentielle très polarisée et à forts enjeux

Brésil : une élection présidentielle très polarisée et à forts enjeux

Au Brésil, la prochaine élection présidentielle se tiendra le 4 octobre pour le premier tour et le 25 octobre pour un second tour éventuel. Ce scrutin très polarisé oppose le président sortant de gauche Luiz Inácio Lula da Silva au candidat conservateur de droite Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, actuellement détenu. Il recèle également de grands enjeux, avec des préoccupations sur l’économie, la sécurité publique et la souveraineté.

La prochaine élection présidentielle au Brésil se tient dans deux semaines, le 4 octobre pour le premier tour et le 25 octobre pour un éventuel second tour. Les deux favoris sont le président de gauche sortant, Luiz Inácio Lula da Silva (80 ans), qui brigue un quatrième mandat, et le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro (45 ans), fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2022), actuellement détenu. Selon un sondage publié début septembre par l’institut Quaest, Lula recueille 37 % des intentions de vote, contre 30% pour Flavio Bolsonaro.

Flávio Bolsonaro placera le Brésil sous le joug des États-Unis

Ce scrutin a lieu a un fort accent géopolitique. Une victoire de Lula contiendra stoppera la vague trumpiste en Américaine latine. À contrario, l’arrivée au pouvoir de Flávio Bolsonaro achèvera de faire de cette région la chasse-gardée des États-Unis. Aussi, elle ouvrirait la voie à une offensive coloniale de grande envergure, avec potentiellement le contrôle par Washington des terres, ports et ressources du Brésil, comme c’est le cas au Venezuela depuis la capture de Nicolas Maduro.

L’administration Trump a déjà mis la main sur plusieurs pays d’Amérique du sud récemment. C’est le cas de l’Argentine de Javier Milei, de l’Équateur de Daniel Noboa, de la Colombie d’Abelardo de la Espriella et du Chili de José Antonio Kast. D’autres pays comme le Pérou, la Bolivie ou le Paraguay sont aussi dirigés par politiques de droite ou d’ultradroite proches de l’administration Trump.

Le Brésil croule sous le poids des droits de douanes pour avoir résisté à Donald Trump

Seuls Cuba et le Brésil, et dans une moindre mesure le Mexique de Claudia Sheinbaum, font de la résistance à Donald Trump. Pour faire plier l’île communiste, le président a instauré un blocus maritime en plus des nombreuses sanctions américaines déjà en place. Quant à Brasilia, il lui a imposé de nouveaux droits de douane sur une série de produits brésiliens. L’objectif est de contraindre le Brésil, une puissance régionale, à s’aligner sur ses vues et à en faire une arrière-cour des États-Unis. Mais Lula ne veut pas céder d’un pouce. « Aucun dirigeant étranger n’a le droit de nous dire à qui nous pouvons acheter et à qui nous pouvons vendre. Nous sommes un pays souverain », a-t-il répondu à Donald Trump après l’annonce des nouveaux tarifs douaniers.

Flávio Bolsonaro promet d’être impitoyable avec les délinquants

Un autre sujet clé de cette élection présidentielle brésilienne 2026 est la sécurité publique. Flávio Bolsonaro accuse Lula d’être « responsable du chaos moral que traverse le Brésil aujourd’hui ». S’inspirant de l’autocrate du Salvador Nayib Bukele, un autre trumpiste assumé, il promet d’être impitoyable contre les voleurs, membres de gangs et autres délinquants. Dès sa prise de fonction, le leader de l’ultradroite brésilienne compte « approuver la castration chimique pour les violeurs » et les faire « travailler pour payer ce qu’ils coûtent à l’État ». Et il se veut clair dès maintenant : « Si vous n’êtes pas content [de cette politique], votez pour cette cochonnerie qui est au pouvoir, et continuer de vous plaindre ! ».

Le Brésil pourrait devenir un Etat répressif sous Flávio Bolsonaro

Évidemment, les ONG craignent que l’instauration du modèle salvadorien, très répressif et liberticide, fasse du Brésil un Etat de non droit, avec des arrestations arbitraires, une restriction des droits de la défense, des exécutions sommaires et des disparitions de détenus. Aussi, les associations redoutent que la répression s’étende à tous ceux qui s’opposent au pouvoir : journalistes, militants, syndicalistes, etc. Des spécialistes notent d’ailleurs que le modèle du Salvador ne pourra pas fonctionner au Brésil, un pays plus grand avec 213 millions d’habitants (contre 6 pour le Salvador). Le paysage criminel y est plus complexe.

L’économie brésilienne mal en point

Notons enfin un dernier enjeu, et non des moindres : l’économie. Les citoyens brésiliens souhaitent avant tout que le prochain président trouve des solutions contre les inégalités sociales, la faiblesse du pouvoir d’achat, l’inflation, le chômage et l’insécurité alimentaire. Pour rappel, la croissance brésilienne a chuté à 0,5 % au deuxième trimestre à cause des taux d’intérêt trop élevés pendant trop longtemps (proches de 10 %). Quant à la dette, elle atteint 9 268 milliards de reais (soit près de 81 % du PIB), plaçant Lula sous pression à l’approche de la présidentielle. L’opposition ne manque pas d’exploiter le mauvais état de l’économie pour séduire les électeurs. Comme Donald Trump et Javier Milei, Flávio Bolsonaro promet de redresser la barre avec une rigueur sans précédent.