Vivendi : les raisons de la stratégie des contenus

On y voit plus clair sur les ambitions à moyen et long terme du groupe Vivendi, qui semble déterminé à s’inscrire comme le leader européen (voire mondial) des contenus culturels et de leur distribution. Sous le vocable technique du président du directoire du groupe, Jean-François Dubos, c’est toute la stratégie de Vivendi qui se rationnalise derrière ses activités de création (musique, cinéma, télévision, jeux vidéos).

Le patron de Vivendi, qui a accordé la semaine dernière une interview aux Echos, souhaite se recentrer autour des contenus numériques, un secteur dans lequel le groupe possède d’ores et déjà plusieurs sociétés d’envergure internationale, telles que Universal Music, Canal Plus ou le leader mondial du jeu vidéo, Activision Blizzard.

L’évolution des modes de consommation des biens culturels au cours de la dernière décennie a mis à terre l’ensemble des modèles économiques qui prévalaient jusqu’alors chez les professionnels du divertissement. Le piratage généralisé du début du XXIe siècle a redéfini le rapport des consommateurs avec les biens culturels. Des biens culturels qui se sont dématérialisés et numérisés.

Après plusieurs années noires et au moins autant de coupe-sombres dans les budgets, l’industrie du divertissement digital s’est progressivement restructuré et a repensé ses paradigmes. Le choix de Vivendi de s’orienter vers la création et la distribution de contenus numériques entre dans cette logique d’une nouvelle appréhension du marché autour d’offres différenciantes à haute valeur ajoutée.

Créations originales de Canal Plus : vitrine des contenus Vivendi

La meilleure illustration de cette nouvelle donne voulue par Jean-François Dubos, demeure la métamorphose de l’une des filiales les plus emblématiques de Vivendi : Canal Plus. Longtemps, l’offre de la chaine cryptée a été vampirisée par la biculture du sport (et notamment du football) et des exclusivités cinématographiques.

Face d’un côté à la muliplication des offres sports (diffusion des championnats étrangers par d’autres opérateurs avant même l’offensive généralisée d’Al Jazira), et de l’autre à un accès facilité aux films récents sur Internet ou par la VOD, Canal Plus a réorienté sa stratégie… vers de nouveaux contenus.

En proposant depuis plusieurs années une politique volontariste de créations originales, Canal Plus a choisi de faire évoluer en profondeur son image. Les succès répétés et les sorties-évènements qui entourent les mini-séries de la chaine semblent démontrer qu’il s’agit d’une stratégie payante pour ne pas risquer de lasser des abonnés de plus en plus exigeants à mesure que l’offre se diversifie. De Braquo à Mafiosa en passant par Les Revenants, Canal fait le choix de contenus inédits de qualité.

Tirer le marché vers le haut pour mettre un terme à la spirale du low-cost initiée par le peer-to-peer (téléchargement) et le streaming illégal : telle est de toute évidence la stratégie globale que le groupe Vivendi veut généraliser selon le modèle Canal Plus, selon lequel les consommateurs sont prêts à payer pour profiter de contenus à haute valeur ajoutée. En partant de ce principe, il est évident qu’il existe un immense marché des contenus numériques à exploiter et à faire fructifier.

Contenus numériques : un marché encore balbutiant ?

Depuis deux ans, le piratage recule sensiblement en Europe et aux Etats-Unis, sous l’effet conjugué de législations de plus en plus dissuasives (Hadopi en France) et surtout de l’explosion des offres légales de téléchargement et de streaming. Il est désormais plus simple et plus confortable pour un internaute de louer ou acheter des contenus numériques, sur l’ordinateur ou directement via la télévision, que de télécharger des contenus dont il est difficile d’estimer la qualité et les risques encourus (virus et judiciaires).

Face à cette nouvelle tendance, l’industrie du divertissement s’est restructurée poursuit au pas de charge sa restructuration et aiguise les intérêts des géants du Web (Google, Facebook, Apple, Amazon) qui se positionnent les uns après les autres sur le marché de la distribution des contenus numériques. Des concurrents de Vivendi qui vont structurellement faire grossir le marché… et représentent autant de clients potentiels car ces distributeurs auront besoin de contenus originaux.

Car si Vivendi mise sur ses propres plateformes de distribution (Canal Play Infinity ou Vevo), ses contenus (de Rihanna à Call of Duty) sont également disponibles sur l’iTunes d’Apple, sur les catalogues Netflix et sur les systèmes de VOD des autres opérateurs.

Vivendi a « tous les atouts pour s’affirmer comme un leader européen, voire mondial, dans les contenus et les médias. Il y a un vrai marché en croissance. Il y a des clients -les grandes plates-formes numériques- et (Vivendi a) des savoir-faire et des champions mondiaux: La musique, Canal+ et les jeux. L’avenir de Vivendi s’inscrit dans cette direction, dans les contenus et les médias », Jean-François Dubos.

En tablant sur les contenus numériques, Vivendi envoie également un signal fort en terme de création qui reste aux yeux du groupe français la plus grande valeur ajoutée du secteur du divertissement.

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